‹ Anthologie des poètes de MontmartreChapitre 115 sur 160 · BALLADE DU CELIBATAIRE ENDURCI · texte numérisé non relu

BALLADE DU CELIBATAIRE ENDURCI

Que ces temps sont joyeux à vivre Et pour un mortel bien rente Que son or de tout mal délivre Quelle source d'hilarité !

N'allez pas traiter de sornettes Le projet de loi que voici :

Qui désormais paiera nos dettes ?

Le Célibataire Endurci.

Sus au garnement qui s'enivre De plein air et de liberté...

Honte à qui sans contrat se livre Lorsque gronde sa pubarté...

Ayant grand besoin de galettes, L'Etat va décréter ceci :

Faire la poche et les mains nettes Au célibataire Endurci.

Sous de nickel et sous de cuivre Vont pleuvoir, Pactole enchanté Et sans se ressembler, se suivre Vers un budget désorbilé...

D'épouses vertes, mûres, blettes, Nos verts galants n'ont nul souci.

11 suffit de marionnettes Au Célibataire Endurci

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ENVOI

Prince du fisc et des recettes, Imposez-nous donc à merci :

Libre choix vaut mieux que cassettes Au Célibataire Endurci

3l2 ANTHOLOGIE DES POÈTES DE MONTMARTRE

TIMGAD RESSUSCITEE

Batna franchi, quand vous avez durant dix lieues Côtoyé des ravins et des montagnes bleues,

Salué Lambèse en passant, Jeté quelques deniers aux fils des caravanes Qui vous suivent pieds nus sans souci de leurs ânes

Qui s'en vont d'un pas languissant.

Soudain vous découvrez une Cité de Pierre,

Un champ de marbre où dort comme en un cimetière

Et depuis longtemps refroidi, Le cadavre géant d'une Ville Romaine Dont la splendeur jadis éclata surhumaine.

C'est l'antique Thamugadi.

Timgad puisqu'aujourd'hui c'est le nom qu'on te donne, A te voir dépeuplée ainsi mon œil s'étonne.

Toute entière as tu pu mourir...

Nul de tes habitants ne survit aux rafales Pour me guider parmi tes pierres triomphales

Et je dois seul les parcourir I

Et pourtant quelle fougue et quelle ardeur de vivre, Quel Amour du plaisir on devine en ce livre Que le temps n'a pas effacé,

I. Souvenir d'une représentation de l'Elecirv,- dj Poizat dans les ruines du Théâtre romain de Timgad.

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Comme on sent que tu fus joyeuse et libertine Sous le Ciel Africain, noble cité Latine Qui resplendis dans le Passé.

Quelles terreurs aussi durent troubler ta joie. Quand le Maure survint tel un oiseau de Proie,

Apportant la flamme et le deuil, Après que Solomon à sa horde guerrière Eut dit : Thamugadi redeviendra poussière,

Qu'ainsi périsse son orgueil I

Or tu dormis depuis ces affreuses journées

Du Sommeil de la mort... Si parfois détournées

Pour un instant de leur chemin, Près de toi s'arrêtaient les caravanes lasses. Ce n'était que hasard... Ivres des grands espaces

Elles partaient le lendemain.

Eh bien, par une étrange et subite magie, Tu sors de ton linceul et de ta léthargie...

Quel est ce prodige, Grands Dieux I D'où vient que te voilà peuplée et frémissante... Où donc est l'Enchanteur de qui la main puissante

Fit ce miracle pour nos yeux?

L'Enchanteur, c'est ce Dieu qui n'a point de Patrie, C'est l'Art, objet du Culte et de l'Idolâtrie De tous les hommes en tous temps,

C'est ce frisson géant que fait passer le verbe Quand il est éclatant, généreux et superbe Et qui nous égale aux Titans t

Ah, je vivrais cent ans et plus, sans que j'oublie, Ce vertige inouï voisin de la folie,

Qui retint mon souffle et mon coeur, Lorsque foulant du pied, Timgad, tes larges dalles. Je vis près de ton seuil le fils de ces vandales

Par qui ton sein frémit d'horreur...

Qu'ils étaient beaux pourtant ces Sarrasins farouches Sombres sous le turban, tandis qu'à pleines bouches

Leurs cavales mordaient le fer.

Rangés aux deux côtés des blanches colonnades, On les eut crus figés aux retours des Croisades

Devant les portes de l'Enfer.

Ils étaient là, vivants portraits de leurs ancêtres, Gardant la Ville morte et ses Temples sans prêtres,

Que le hasard nous révéla.

Cependant qu'un troupeau d'Arabes faméliques Déployait pour le soir les tentes magnifiques

Du Bach Aga de Kenchela.

Mais tu parus, Electre, avec ton voile sombre. Tes bras en s'écartant couvrirent de leur ombre Tout ce mirage éblouissant

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Et la foule gagnée à tes appels funèbres N'entendit résonner jusque dans ses vertèbres Que ta voix de meurtre et de sang.

O miracle du verbe et de la poésie, Grande fête du cœur, divine frénésie

Et toi Prêtresse aux cris troublants, Los à vous qui pouvez d'une Cité de pierre Evoquer l'âme morte et troubler la poussière.

Après un sommeil de mille ans.

3l6 ANTHOLOGIE DES POÈTES DE MONTMARTRE

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