‹ Anthologie des poètes de MontmartreChapitre 114 sur 160 · CONSEILS A UNE FOUGUEUSE · texte numérisé non relu

CONSEILS A UNE FOUGUEUSE

Ainsi tu ne comprends l'amour que volcanique, Avec des grincements, des éclairs, des fracas Et tous les tremblements et toute la panique ; Pour le reste, il n'importe et tu n'en fais nul cas.

Tu professes l'horreur des idylles bourgeoises, Où deux têtes, s'aimant sous un même bonnet, Pimentent leur bonheur d'allusions grivoises Et semblent des héros très purs de George Ohaet.

Bien cela. Mais vouloir que, sans raison ni rime, Ton amant s'exaspère et te prenne aux cheveux. Et que, les yeux hagards, il te reproche un crime Inventé, mais dont il exige les aveux ;

Eveiller en son coeur l'horrible jalousie Et la faire siffler comme un nœud de serpents, Pour lui verser ensuite, à pleins bords, l'ambroisie Des renouveaux d'amour et des baisers fervents;

Tout cela, vois-tu bien, sont des jeux où l'on use Le soufre incandescent que Dieu nous mit au cœur Dès qu'il est consumé, le calcul ni La ruse N'y peuvent rien, l'amour bat de l'aile et se meurt..

GABRIEL MONTOYA 309

Enfant, de ton coursier calme la frénésie, Crains les ascensions d'où l'on retombe à plat, De ton amant suis pas à pas la fantaisie. Aime-le doucement, comme il t'aime. Et voilà.

JlO ANTHOLOGIE DES POèTEà DB MONTMARTRE

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