‹ Anthologie des poètes de MontmartreChapitre 119 sur 160 · RAOUL PONCHON · texte numérisé non relu

RAOUL PONCHON

Où l'on voit toute une série De lyres prêtes à frémir.

Un Pégase dans l'écuiie T'espère. Je l'entends hennir!

Sache que l'on t'envoie à Rome,

Non pour y faire ton lézard,

Mais pour devenir grand homme

Ni plus ni moins que tout Quat'^-Arts.

Tu feras, en littérature.

Ce que ces messieurs, tes copains, En peinture comme en sculpture...

Font chez nos bons transalpins.

De même qu'un tel vous copie Un Michel-Ange, unSanzio...

Toi, tu devras, d'une âme pie, Sangloter sur d'Annunzio.

Tu devras potasser ton Tasse Ton Arioste, c'est certain.

Tu rimeras d'après Boccace Quelque vieux conte libertin.

Il conviendra que tu t'escrimes, Et tu t'en doutes bien, pardi!

Sur Dante et sur ses tierces rimes; Un peu moins sur Leopardi.

Quand au plaintif amant de Laure.

A son instar, — je te connais — Tu feras sur ta môme éclore De purs italiens sonnets.

Puis, chaque an, à la même date, Selon l'ordinaire statut, Tu soumettras une cantate Napolitaine à l'Institut.

Ton directeur, si frais, si rose, A l'esprit toujours en éveil, Saura te donner, bien qu'en prose, A cet égard, le bon conseil.

Et voilà ! Pendant quatre années,

En cette villa Médicis

Tu rouleras tes destinées,

Et tu nous reviendras, mon fils,

De la terre virgilienne Ivre de gloire et de succès, Expert en langue italienne, Mais ne sachant plus le français.

René Ponsard, matelot dès l'âge de treize ans, a, comme poète, laissé un livre. « Si ce livre, Les Echos du Bord, n'est point connu du grand public, il fut, il reste admiré de ceux-là dont l'opinion assure avec le temps la durée d'une œuvre.

Victor Hugo, qui sut tout voir et tout aimer, a dit de René Ponsard : « C'est le matelot de deux tempêtes, de la tempête de l'Océan et de la tempête de la vie, de sa poésie amère, vraie et forte. On ne comprend jamais l'humanité mieux qu'au milieu de la mer; l'homme et le flot se ressemblent; l'écume et la haine sont identiques; l'astre et l'amour jettent la même lumière : le poète a souffert, rêvé et chanté en présence de l'infini. Ce grand reflet est dans son livre ».

Laurent-Pichat, Autran, Coppée, Claretie, ont aussi rendu l'hommage que méritait « ce petit livre, grand d'espace et d'horizon, où l'on respire une brise de haute mer ».

Outre les Echos du Bord, René Ponsard a publié, en 1873, un petit volume de Chansons de Bord, de la plus saine et large gaîté, en 1874, des Coups de garcette, très cruelles et mordantes satires « par un vieux loup de mer», et, en 1882, Les joyeusetés du R. P. Lacayorne.

¥. Ce penseur, ce grand et délicat artiste, ce poète viril et souriant, philosophe à l'âme généreuse, ce bon Fran-

çais républicain, ayant quitté la mer, a vécu le reste de sa vie, trente ans à Montmartre, au plus haut de la butte, d'où il aimait voir Paris, océan de pensée; il est mort le 22 juin 1S94, rue du Mont Cenis, laquelle avant l'annexion de la banlieue à la capitale, s'appelait rue Saint Denis ». (J. de Marthold).

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