LE TOUR DU PROPRIETAIRE
On dit qu'immédiat'ment après Qu'il le sut, l'élu du Congrès,
Loubet, fit ventre à terre, Mander Monsieur Fallièr's chez lui Pour lui fair' faire, avant la nuit,
L'tour du propriétaire.
Mon vieux, dit-il, comme avec toi
Je n'veux pas qu'un' fois dans tes bois
Nous ayons des bisbilles, Je vais t'montrer tout, en détail Car moi, nourri dans le sérail.
J'en connais les pastilles.
Du reste tout est préparé, Dès demain tu pourrais entrer En jouissance immédiate.
— Immédiat', fit Fallièr's, Bou Di I On voit que tu es du Midi.
Néanmoins çà me flatte.
Loubet reprit : « Pour commencer, Voilà qui va t'intéresser :
Regarde ces cuisines...
— Car ton abdomen imposant N'a pas dû t' venir en suçant
Des arêt's de sardines.
Puis voici la cave où, mon bon, Tu mettras ton vieux Loupillon,
D'un' saveur tell'memt corse.
Que pour le boire il est prudent De s' fair' passer auparavant
La camisol' de force.
Et ce vin là faudra t' méfier Qu'on n'en donn' pas aux officiers
D' ta maison militaire, Car du sabre et du Loupillon, Cett' redoutable association
T'attir'rait des affaires.
Voici l'antichambFe, et plue loin Le vestiaire, aie toujours bien soin,
Pour qu'il n'y ait pas d' chicanes Quand tu r'cevras des députés, D' fair' soigneus'ment numéroter
Les pal'tots et les cannes.
Si j* te disais qu'au jour de l'an J'ai dû calmer monsieur Coûtant
Qui criait comme un âne.
Est-c' qu'il n' voulait pas emporter Au lieu d' son p'tit pal'tot d'été
La p'iiss' de Castellane.
Je n'sais plus si mon grand salon, Avec ses tapis d'Aubusson,
Est Louis XV ou Louis XVI.
Nous pourrions nous informer, mais Nous n'en somm's pas à un louis près
Maint'nant qu'on a d' la braise I
La sali' de bains est au premier,
J' l'ai fait r'mettre à neuf l'an dernier.
Ah ! ce n'fut pas facile !
C t' animal de Pell'tan voulait M' la fair' rayer sur le budget
Comme un lusque inutile.
Enfin voilà les... parfait'ment; Y avait un p'tit balai d'chiendent ;
Mais hier, sombre histoire, Sous mes yeux il a fait 1' plongeon Et bien qu'on dis' que j'ai 1' bras long.
J'ai jamais pu 1' ravoire. —
Ici tu l'vois tout est d'aplomb
On s'y plait d'autant mieux que l'on
Y dort fort bien sans gloire Mais qu'on s'y fait bon an mal an Dans les quatorze cent mill' francs
Sans compter les pourboires.