A L AMI D. P
en remerciement pour l'envoi de son almanach de Paris et d'Ailleurs.
« Le temps irréparable fuit »
A dit notre divin Virgile, Le temps, qui de son pas agile Vers le but final nous conduit.
Où nous mêne-t-il de la sorte?
Quel chemin s'ouvre sous nos pas, Qui doit précéder le trépas?
Puisque nul ne le sait, qu'importe I Laissons donc là les vains frissons.
L'inconnu dont l'âme s'épeure, Et, faisant nos soixante à l'heure, Puisqu'il faut vieillir, vieillissons,
A quoi bon les frayeurs du doute, Les regrets du passé défunt? Grisons-nous plutôt du parfum Des fleurs que nous cueillons en route. Nargue la tristesse et l'ennui, Et fî des farouches alarmes !
Qui préfère le rire aux larmes Est bien le vrai sage aujourd'hui.
Un almanach succède à l'autre, Salut au nouvel an qui vient, Et respectons comme il convient Saturne et sa barbe d'apôtre.
ÉAIILE BOUCHER
Chassons de l'esprit et du cœur
Le tourment de l'instant qui passe,
Ignorons le fond de la tasse
Tant qu'on y voit de la liqueur ;
Et plaignons ces rêveurs moroses
Qui gémissent sur les hiers
Et ne songent qu'aux noirs hivers
Quand sous leurs doigts naissent les roses.
La vie est courte, on le sait bien,
Et pour d'aucuns peu charitable,
Mais c'est là de l'inéluctable,
Ni vous ni moi n'y pouvons rien.
Acceptons donc sans amertume
Ce que nous offre le présent
Et cet almanach bienfaisant
Que nous vaut l'antique coutume,
Qu'il soit de Paris, ou d'Ailleurs.
Et puis, bon vieux Temps, à tout prendre:.
Toi seul encore sais nous rendre
Le vin et l'amitié meilleups.