‹ Anthologie des poètes de MontmartreChapitre 14 sur 160 · EMILE BOUCHER · texte numérisé non relu

EMILE BOUCHER

Croit contempler la lune à son premier quartier.

Pourtant, à ce sujet, je n'ose trop me plaindre,

Le mal n'est pas si grand que j'eusse pu le craindre,

Car m'ayant tout donné, puis m'ayant toute ôté.

Le Seigneur tout-puissant, dans sa sage bonté,

Ma frappé seulement de calvitie étroite.

Qui permet, le matin, qu'à gauche ou bien à droite

Je prélève aisément quinze ou seize cheveux

Pouvant se ramener par devant, si je veux.

Oui vraiment de son mieux on s'applique avec rage

A réparer des ans l'irréparable outrage,

Heureux quand on parvient, à force de savoir,

A faire un vieil hôtel d'un antique manoir.

Il n'en est pas moins vrai, sombre destin des choses,

Que ma beauté vécut ce que vivent les roses,

Et que le frais attrait de mes joyeux vingt ans

S'est enfui pour jamais sur les ailes du temps.

Ne me laissant, hélas I c'est ce qui me tracasse.

Que les tristes débris d'une laide carcasse

Qui flotte, loque humaine, et fait peur à l'amour.

Comme un épouvantail aux oiseaux d'alentour.

Mais qu'y faire)... Malgré toutes les patenôtres,

Il faut bien en passer par où passent les autres,

Et si d'amers regrets vous viennent assaillir,

II est encore heureux que l'on puisse vieillir.

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