‹ Anthologie des poètes de MontmartreChapitre 158 sur 160 · NOTRE DIVIN MODELE · texte numérisé non relu

NOTRE DIVIN MODELE

Ma maîtresse d'hier est la tienne aujourd'hui, Nous aurons tous les deux joué le même rôle, Je doute de son cœur, tu crois à sa parole, Car ton amour commence et le mien s'est enfui.

Notre vieille amitié durera-t-elle encor ? Tu m'en veux de l'avoir chérie et possédée ; Mais tu la quitteras comme je l'ai quittée, Lequel aura raison et lequel aura tort?

Si tu n'as pas souffert, il faut payer ta dette,

Tu diras ton chagrin et tu seras poète,

J'ai tant pleuré pour elle, à ton tour de pleurer,

Il se peut qu'elle t'aime, alors sois infidèle. Et plus tard, en riant, nous pourrons comparer Nos sonnets dessinés d'après ce beau modèle.

Le Panier d'argenterie, Ollendorfî.

Léon Xanrof, poète, chansonnier et auteur dramatique, né à Paris, le 9 décembre 1867. Bachelier ès-Iettres à dix-sept ans, licencié en droit à vingt ans, il fut attaché quelque temps au cabinet d'un ministre, mais renonça bientôt au barreau et aux fonctions plus honorifiques que lucratives qu'il occupait pour se vouer exclusivement à la littérature.

« A ce moment, Xanrof avait déjà au Pays Latin une réputation établie. Descendu des hauteurs de Montmartre, le pays joyeux des rapins et des belles filles^ il avait tenté de tirer le Quartier, où fleurit la brasserie de femmes, de l'ennui léthargique où il croupissait. Il avait rencontré à l'A (lisez Association générale des étudiants ie Paris), qui venait de se fonder, quelques étudiants pensant comme lui qu'il n'est pas besoin, pour être intelligent, d'avaler sa canne et de ne jamais s'amuser. C'est ivec eux qu'il organisa les premières de ces réunions amicales d'étudiants où les maîtres et les élèves se rencontrent sur le terrain du rire. Les chansons originales dont il était à la fois l'auteur et l'interprète, le firent proclamer le chansonnier officiel des étudiants, non seulement par ses camarades, mais encore par ses maîtres »

» De ce temps datent Mon Enterrement et VHôtel du Numéro trois, qui déridèrent les plus sérieux et valurent à son auteur les applaudissements de M. Lavisse, l'émi-

nent professeur de la Sorbonne et de M. Jules Lemaître, à cette époque courriériste aux Débats. Xanrof donna ensuite une série de spirituelles fantaisies dont le Fiacre qu'interprétèrent successivement Félicia Mallèt et Yvette Guilbert. Il avait réuni, en 1887, les meilleures de ses chansons d'étudiants avec une préface de Bertrand Millanvoye, en une plaquette Rive gauche, absolument introuvable, aujourd'hui.

« Désormais célèbre, véritable poète-chansonnier à la note incisive et drôle, au talent d'un parisianisme aigu et délicat, il obtint au Chat Noir un énorme succès ».

Aujourd'hui, Xanrof n'écrit plus de chansons. Il s'est entièrement consacré au théâtre, où sa carrière se poursuit plus brillante aue jamais.

BIBLIOGRAPHIE

Rive gauche (1887). — Telles qu'on les aime. — Mesdames en scène. — Les coins du cœur. — L'œil du voisin. — L'Amour et la Vie. — Pocher ds et Pochardes. — Paris qui s'amuse. — Chansons sans gène. — Bébé qui chante. — Tout le théâtre. — Chansons ironiaues. — Chof*'^'' ^ »^'*^. — Chansons naïves.

— Juju.

THÉÂTRE

Trop aimé. — Réfraciaire. — Cher maître. — Paris Nouveautés, 2 actes. — L'Heureuse date. — Madame Pygmalion.

— Bonne et heureuse. — Revue intime, — Batignolles. — Clichy-Odéon. — Cavalcada Rastaquera. — Au bord de l'abîme.

— Paris en bateau, 2 actes. — Nos Dames de la Vedette. — A perpète, 4 actes. — Pour être aimée, 3 actes. — Ohé! l'amour!

— Le chapeau. — Le Fils du Ciel. — Paris qui roule. — Madame Putiphar, 3 actes. — L'Invitation. —La Dette de Jacques Bonhomme. — Une déposition. — Qui veut d' l'amour? Le Témoin. — Le prince consort, 3 actes.

l'associé

Quand les bourgeois sont endormis, Monsieur ronfle avec le bras mis Au cou de Madame, un peu grasse ; Dans la chambrette d'à côté.

Soufflant avec difficulté, Leur associé fait la basse I

Quand les bourgeois sont éveillés.

Habillés et débarbouillés, A la boutique ils vont, sans trouble.

Madame, qui fait le caissier, Tient les livres ; — l'associé.

Près d'elle tient la parti' double.

Quand les bourgeois ont bien vendu,

Ils s'offrent un poulet dodu.

Madame, qui fait le service.

Donne à son mari, — le gourmand! —

Le croupion avec du blanc ;

Mais l'associé prend la cuisse.

Quand les bourgeois restent chez eux, Le soir, ils jouent aux petits jeux :

Au trente-et-un — c'est respectable; — L'associé, d'un air malin, Dit parfois : « Je passe la main ! » Mais ne la met pas sur la table.

Et quand les bourgeois sont couchés, Ils fredonnent, casque-à-méchés, A leur Leda le chant du Cygne, Et, dans de pudiques émois. Tirent des effets à neuf mois, — Que l'associé contre-signe.

Chansons à rire, E. Flammarion.

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