‹ Anthologie des poètes de MontmartreChapitre 160 sur 160 · LE ROITELET · texte numérisé non relu

LE ROITELET

L'Hiver dit au Roitelet :

(( Toi qui n'as rien que ta plume, Pour narguer ainsi ma brume, Comment fais- tu, s'il te plaît? »

— (( Je m'en vais dans l'écurie, Et, dans la paille qui crie, Je me fais un bien doux nidt Cui, cui, oui l ))

Or, l'Hiver souffla si fort, Qu'il gela dans l'écurie; Et l'Hiver dit : « Je parie Que le Roitelet est mort ! »

Mais l'oiseau chanta ; Lanlaire!

J'étais chez la boulangère, Sur le four bien chaud blotti j Cui, cui, cui I »

Alors l'Hiver éteignit Le feu, par la cheminée ; Ayant noyé la fournée, Il pensa : « Tout est fini ! »

Mais l'oiseau chanta : « Victoire 1 Auprès de la vache noire !

Très chaudement j'ai dormi; Cui, cui, cui I »

Le vieil Hiver, furieux, Se fit tant épouvantable Que, cette nuit, dans l'étable Moururent vaches et boeufs. L'oiselet, l'aile mouillée, Vola chez la mariée Et se cacha dans son lit; Cui, cui, cui 1

Mais il était chez Lison, Chez Lison, dévote fille, Qui pour plaire à sa famille Epousait un vieux grison.

Entre le mari de glace Et la femme, froide et lasse...

Il fut gelé dans la nuit I Cui, cui, cui I

Chansons ironiques, E. Flammarion.

TABLE DES - ATIÈRES

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