‹ Anthologie des poètes de MontmartreChapitre 17 sur 160 · UN HYMNE EN L HONNEUR DE MAITRE FRANCOI · texte numérisé non relu

UN HYMNE EN L HONNEUR DE MAITRE FRANCOI

Par Rabelais, mon grand ancêtre, Je veux qu'on m'envoie à Bicêtre Si homards cuits et cardinaux Près de nous ne se montrent blêmes.

Et si nos ventres pour emblèmes Ont autre chose que tonneaux.

Le rire est le propre de l'homme, S'écriait-il. Et qu'est-ce, en somme, Que la vie? Un peu moins que rien, L'ombre fugitive d'un rêve; C'est un ballon gonflé qui crève En plein essor aérien.

Bien qu'elle nous semble si chère.

C'est une vanité légère.

Et je m'irais douloir? Merci 1 Voici bien toute ma pensée :

C'est le fait d'une âme insensée, Pour si peu prendre grand souci.

A boire ! à boire ! et qu'on verse Le joyeux vin qui se disperse Dans tout mon corps plein de frisson?.

Par qui mon sang bout et s'allume Et qui me jette sur ma plume Pour écrire mille chansons.

O vieux vin, que je te révère !

Je tiens l'oubli dans mon grand verre,

Et d'un coup je le veux vider.

Je veux, couronné de verveines,

Le sentir glisser dans mes veines,

Me pénétrer et m'inonder.

Sur le parquet jonché de roses, Je veux, affranchi des névroses Qui me serraient hier le front, Me coucher tout du long pour boire ; Et la tristesse et l'humeur noire Dans ma bouteille se noîront.

Je suis chargé de mainte faute ; Mon corps diabolique est l'hôte D'un tas de vices peu chrétiens; Mais, quand j'ai bu, je sens mon âme Doucement se fondre à la flamme De nos familiers entretiens.

Alors, je trouve toute chose Adorable. Je ris sans cause ; Et — toi qui m'entends, tu riras 1 — J'ai des tendresses si profondes Que je voudrais presser les mondes Dans l'étreinte de mes deux bras.

Ahl quand j'ai bu, plus de superbe I Je ne foulerais un brin d'herbe Sans bien lui demander pardon ; Toute haine, tout noir délire S'évanouit dans le grand rire Du joyeux curé de Meudon.

MAURICE BOUCHOR 'ig

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