‹ Anthologie des poètes de MontmartreChapitre 18 sur 160 · SONNET ROMANTIQUE · texte numérisé non relu

SONNET ROMANTIQUE

Terreur des jeunes demoiselles Qui vont au Cours tous les matins, Nos grands chapeaux battent des ailes Dans le cerveau des Philistins»

Mais nous qui des siècles éteints Rallumons quelques étincelles, Nous laissons crier les crécelles Et nous prenons des airs hautains.

Ruisselants de splendeurs passées, En ce siècle laid, ignorons Les vertus mal rapiécées ;

Et donc, palpitent sur nos fronts Les hauts Rubens pointus ou ronds Qui font de l'ombre à nos pensées.

Les Chansons joyeuses, Charpenlier.

MAURICE BOUKAY

Maurice Boukay. C'est sous ce nom que s'est fait connaître, comme poète et chansonnier, Maurice Couyba, sénateur de la Haute-Saône, qui, jeune encore, a su se faire, dans le monde politique, une situation des plus enviables. Issu d'une famille prolétarienne, il peut, à bon droit, se dire le fils de ses œuvres. Licencié ès-lettres, licencié d'histoire, agrégé de l'Université, il débuta par le professorat. Apôtre infatigable de la bonne chanson, et vice-président de l'oeuvre de la Chanson française, créée pour les « fauvettes parisiennes » par Ernest Chebroux et Lucien Descaves, il a lutté vigoureusement contre l'invasion du couplet pornographique au café-concert, et développé ses idées dans maints articles de journaux et de revues, puis en des conférences à la Bodinière et aux Quat'Z'Arts ; mais il prêcha surtout d'exemple en publiant plusieurs volumes de chansons dont on apprécie unanimement l'allure aisée, en même temps que la forme impeccable.

Chansons de Jeunesse; Chansons d'Amour-, Nouvelles Chansons; Chansons Rouges ; Chansons du Peuple, toutes ces œuvres procèdent d'une inspiration diverse et décèlent des préoccupations de tout ordre.

Verlaine a dit dans la préface des Chansons d'amour de Boukay : « Voici donc enfin retrouvée la « bonne chanson », la chanson simple et vivante, dans le goût de

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Pierre Dupont, avec je ne sais quoi de la grâce du xviii» siècle et la poésie vraie; le cri, en quelque sorte, de la passion, le chant vibrant, la simplicité, la note vraie du cœur ».

C'est grâce à vous, lui écrivait Sully-Prud'homme, en exergue de ses Nouvelles Chansons, que l'esprit a recouvré ses droits dans le domaine de la chanson, cet esprit qualifié gaulois, qui n'empoisonne pas ses traits, mais, au contraire, en assainit la pointe trempée de bon sens, de justice et de charité même, car souvent les piqûres en sont vengeresses de la misère.

Si nous en croyons ses amis, Maurice Boukay nous réserve au théâtre et ailleurs plus d'une surprise.

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