‹ Anthologie des poètes de MontmartreChapitre 27 sur 160 · A L AVEUGLETTE · texte numérisé non relu

A L AVEUGLETTE

En baisant sa gorge lisse Comme la chair d'un bébé, Advint que mon cœur novice Est entre ses seins tombé.

De ce fait divers la belle Me voyant tout confondu :

« Bahl Ne pleurez pas, dit-elle, « Votre cœur n'est pas perdu.

« L'incident n'est que bizarre; « Pourquoi s'en effaroucher?

« Puisque votre cœur s'égare, « Il le faut aller chercher ».

A ce conseil vraiment sage, Qu'un sourire accompagnait, Ma main prompte en son corsage Disparut jusqu'au poignet.

Et, dans les flots de guipure, Cherchant mon cœur à tâtons, J'avançais à l'aventure.

Avec mes doigts pour bâtons.

Mais, plus je prenais à tâche De fouiller les bons endroits, Plus il m'échappait, le lâche, Et glissait entre mes doigts.

Je m'attachais sur sa trace, Fougueux, rageur, entêté; J'ignore jusqu'où la chasse, Jusqu'où la chasse eût été I

Mais, déjà, de ces chairs douces, Ma main, scrutant l'horizon.

Percevait au cœur des mousses Une exquise floraison.

Quand...

— Ne vous gênez pas, vous savez, dit doucement cette femme charmante. Si des fois vous n'aimiez, pas ça, vous pourriez demander de la bière.

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