MAURICE DONNAY IO
Pour t'envoler à quelques lieues., N'entre-t-il pas dans ton concept De prendre devers les banlieues Un train de neuf heures dix-sept }
Vers les grands parcs peuplés de marbres Dressant leur blanche nudité, Et vers les forêts ou les arbres Ne sont pas de la liberté!
Loin du tumultueux asphalte
Où Paris hurlant se hâlait,
Loin, très loin, nous avons fait halte.
Et sous les bois calmes c'était
Comme une ivresse reposée, Comme un rêve à peine conçu; Pour ne pas mouiller de rosée, Toi, ta robe de fin tissu,
Et moi mon pantalon superbe, Nous avions jeté nos manteaux Avant de nous coucher sur l'herbe Où nous étions sentimentaux.
Les oiseaux dans leurs chants de fête N'exigeaient pas qu'un sang impur Abreuvât leurs sillons ; ta tête Acorabk f^posait sur
Ij8 ANTHOLOGIE DES POÈTES DE MONTMARTRE
Mon bras, et des senteurs berceuses Confusément venaient à nous ; Des bêtes, fines connaisseuses, Grimpaient le long de tes genoux.
Tu riais ton rire sonore
Qui faisait rire les échos,
Et dans tes fins cheveux d'aurore
Tu mettais des coquelicots
Rouges, des marguerites blanches Entremêlés de bluets bleus; Et moi, je baisais tes mains blanches, Ta lèvre rouge et tes yeux bleus.
Tu me chantais de ta voix grave Ton répertoire de chansons; Des merles sifflaient à l'octave Dans le mystère des buissons.
Puis le soir vint : des ombres douces S'endormirent sur les gazons.
Déjà l'émeraude des mousses, Le vert tendre des frondaisons
Toute la forêt séculaire Rassemblait, éparse dans l'air, Sa chemise crépusculaire.
Tandis que la lune au ciel clair