‹ Anthologie des poètes de MontmartreChapitre 7 sur 160 · CA · texte numérisé non relu

CA

(ProJH de Parisienne)

Chez cet être délicieux Tout est au gré de la nature; Les cheveux fous mangent les yeux Et les yeux mangent la figure.

Le nez, avec des airs osés, Malin, fripon, guette, furette; La lèvre, tendue aux baisers, A la riposte est toujours prête.

La main est fine, le pied vif, Le bras, rond, tient bien à l'épaule; La taille est droite comme un if Avec des souplesses de saule.

Tout ça c'est coquet, c'est gentil, C'est l'esprit, le charme, la grâce; D'où ça vient-il ? Où ça va-t-il ?

On ne sait, ça naît et ça passe.

C'est un fruit que nous aimons biea Et dont la saveur est exquise ; Ça s'habille avec presque rien Et c'est mis comme une marquise.

l6 ANTHOLOGIE DES POÈTES DE MONTMARTRE

Ça renaît à chaque printemps, Plus frais que la fleur odorante, Et quand ça possède vingt ans, Ça les conserve jusqu'à trente.

Ça jette au delà des moulins Plus de bonnets qu'un pape même N'en pourrait bénir des deux mains Et ça dit : (( Moi, j'aime qui m'aime I »

C'est encor trop modeste, car Lorsqu'on l'aime ça vous adore; Ça n'a qu'un seul dieu : le hasard.

Et ça se couche avec l'aurore.

Ça vous a des chagrins d'amour

A fendre l'âme d'un apôtre;

Ça se tue une fois par jour.

Et ça meurt dans les bras d'un autre.

Tantôt béni, tantôt maudit,

Tète brune ou bien tête blonde

Lorsque ça raisonne, ça dit :

« Bah! après moi la fin du monde I »

PAUL BILHAUD I?

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