‹ Anthologie des poètes de MontmartreChapitre 70 sur 160 · GRENET-DANCOURT 1S · texte numérisé non relu

GRENET-DANCOURT 1S

Le lapin met-il en nourrice Ses petits enfants en naissant Pour téter un iait clair, factice, Et qui leur appauvrit le sang?

Les cailles sont- elles coquettes ?

Ruinent-elles leur époux, Mesdames, avec leurs toilettes, Ainsi que vous le faites, vous ?

A-t-on jamais entendu dire Qu'un lièvre ait porté quelquefois Cette... couronne... du martyre, Qu'à tant de nos maris je vois>

Voit-on, dans de folles agapes, Des perdreaux boire jusqu'au jour, Et, lourds encor du jus des grappes, Cogner leurs femmes au retour?

Les animaux ont-ils des dettes?

A leur logis, rentrent-ils tard ?

Voyez-vous des perdrix seulettes?

A minuit sur le boulevard?

Au coin d'une sente embaumée,

Avez-vous jamais entendu Un lièvre à la voix enrhumée Crier un journal dissolu?

l88 ANTHOLOGIE DES POÈTES DE MONTMARTRE

A-t-on jamais, je le demande, Vu des animaux, quelquefois, Préférer dissoudre leur bande Plutôt que d'obéir aux lois>

Les voit-on, dans les hautes herbes, Aux Grandes Bêtes de chez eux Dresser des colonnes superbes, Pour les casser ensuite en deux?

Les voit-on, après une course, Se passer une corde au cou.

Ou bien, après un coup de bourse, Filer bien vite on ne sait où?

Voyez-vous à la préfecture Coffrer des bandes d'animaux.

Pour avoir, à la nuit obscure, Dans des dos planté des couteaux ?

Troublent-ils donc la paix publique?

Cherchent-ils, par quelque forfait, A renverser la République, Comme plus d'un chez nous le fait?

Les voit-on dans les ministères Quêter des décorations, Ou dans les sombres monastères Tramer des révolutions ?

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A l'État font-ils des requêtes?

Lui disent-ils dans leurs discours De vouloir bien couper des têtes.

Ou de supprimi^r les tambours ?

Non, ils demeurent bien tranquilles, Au sein des plaines, des forêts, Loin des bruits du monde et des villes, Dans les sillons ou les guérets.

Pourquoi leur vouer tant de haine?

Est-ce grand crime, s'il vous plait, De picorer un peu de graine, Ou de brouter du serpolet?

Pour moi, plus je les envisage.

Plus je les trouve bons et doux, Et moins aussi je trouve sage De les poursuivre de nos coups.

Aussi, lorsque au fond d'une allée.

J'aperçois parfois un lapin,

Ou quelque perdrix affolée,

Je suis... je sens... je pleure enfin !

Et puis tout à coup... je me mouche, Avant d'armer mon Lefaucheux, Alors quand tonne ma cartouche, lis sont déjà loin de mes yeux,

Et tout bas, en voyant leur fuite, Je me dis : cela les rendra Beaucoup plus prudents dans la suite, Et de la mort les sauvera.

L'herbe, par l'automne rouillée, Que foule mon pas cadencé, Sera-t-elle jamais mouillée Par le sang que j'aurai versé?

Je ne le crois pas, car en somme.

Je vous le déclare en deux mots :

Plus j'étudie et connais l'homme Et plus iaime les animaux.

GRENET-DANCOLRT IQ'

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