A LA DEESSE
Vingt-neuf ans, — te voilà mûre
Pour un certain idéal ;
Ton almanach te murmure :
« — Aime encor... c'est Floréal I »
Malgré le trentième terme
Que tu vas payer au Temps,
Tu tiens encore haut et ferme
Le drapeau des seins tentants.
Le jeune dieu Robespierre,
Qui vécut une saison,
T' eût fait sculpter dans la pierre
Comme déesse Raison.
Cependant, les ingénues
En vain mettraient à l'index
Tes belles formes charnues,
Moins dures que le silex.
Tu n'es plus comme un beau marbre.
Cassant de rigidité,
Mais comme le fruit qu'à l'arbre
Plus d'un a déjà tâté ;
Et tes splendeurs copieuses
Font rire l'œil du gourmand.
Chère! que vos mains pieuses
Se joignent loin d'un amant.
Rêvez jeûnes et cilice,
Malgré vous, vos seins charmeurs,
Rien qu'en levant la pelisse, Sont désolants pour les mœurs, Mais consolent la Nature, Puisqu'en dépit des corsets Ils confondent l'imposture Qui les tient cadenassés.
Donc, allez ! — La mer du monde
Vous appelle, allez, allez!
La robe aux satins gonflés, Ainsi qu'une voile ronde, Douce au milieu des dangers, Bercez par larges secousses, Bercez capitaine et mousses, Et marins et passagers.
— Plus d'un, de l'embarcadère Vous criera, la chaîne au pié :
« Qu'on me laisse, par pitié!
« Ramer sur cette galère 1 »
Au roulis délicieux Les flots baisseront leur crête, O nef divine, qu'on frète Pour l'azur ivre des cieux I