‹ Anthologie des poètes de MontmartreChapitre 88 sur 160 · LE DIEU JAUNE · texte numérisé non relu

LE DIEU JAUNE

Le sang des peuples, les suées Des échines exténuées.

Les soupirs des voix mi- tuées Ne s'envolent point par buées.

Pour former l'amas des nuées.

La substance humaine s'usant, Les râles de l'agonisant, Dans les airs se vaporisant, Ne retombent pas, arrosant La race humaine avec du sang.

La vapeur, où la peine abonde, Agrégeant sa masse féconde, Se moule en une idole blonde :

Dieu de mctal qu'on baise et fronde.

Les yeux clos, il mène le monde.

Ce dieu jaune, c'est le louis,

Qui tient en ses flancs, enfouis,

Talismans, philtres inouïs.

Il transforme les « nons » en « ouis, »

En palais les bouibouis.

Fait de peine, il suinte la joie Pétri de pâleurs, il rougeoie ; Né dans la bure, il vét la soie Et prend à celui qui larmoie Pour gaver celui qui festoie.

PAUL MARROT 24g

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