EMILE HENRIOT
Né à Paris le 3 mars 1889.
Collaboration poétique au Divan : n» 16, décembre 1910 ; — n» 21, mai 1911 ; — n» 27, janvier 1912 ; — n« 33, septembre 1912 ; — n» 44, janvier 1914 ; — n» 51. octobre 191o ; — no 54, mars 1917 ; — n» 55, novembre 1917 ; — no 63, janvier 1920.
Bibliographie. — Poèsib: Poèmes à Sylvie. «Psyché » 1906. — Eurynice. « Mercure de France », 1907. — XI Portraits dont I de femme. « Mercure de France », 1909. — Petite suite italienne. Dorbon, 1909. — Jardins à la française. « Marches de l'Est », 1910. - — Deivae Sacrum. « Le Divan », 1913. — Vignettes romantiques et Turqueries. « Le Divan », 1912. — Eglogues imitées de Virgile. « Amis d'Edouard », 1912. ' — La Flamme et les Cendres. « Mercure de France », 1914. — Bellica. « Le Divan », 1915. — Divinités nues et quelques autres. Société littéraire de France », 1920. — Aquarelles. Emile-Paul, 1922. — Romans : L'Instant et le Souvenir. Emile- Paul, 1912. — Valentin. Albin Michel, 1919. — Carnet d'un Dragon. Hachette, 1918. — - Le Diable à l'Hôtel. Emile-Paul, 191 9. — Les Temps innocents. Emile- Paul, 1921. ' — Aventures de Sylvain Dutour. Emile- Paul, 1923. — Histoire littéraire : A quoi rêvent les jeunes gens, enquête. Champion, 1912. — Duclos, Histoire de M™e de Selve, introduction. Grasset, 1911. - — Lettres de la Religieuse Portugaise, introduction. Grasset, 1909. — Léonard, idylles et poésies champêtres, introduction. Sansot, 1910. — Stendhal, De l'amour, introduction. Garnier, 1923. — Courrier littéraire, V^ série. Renaissance du Livre 1922. < — Livres et Portraits, Courrier littéraire 2® série. Pion, 1923, sous presse.
l'attente
Bientôt tu seras là, je le sais, je t'attends. L'horloge à pas menus précipite le temps. Au dehors la tempête souffle. Dans ma chambre Brille le mol éclat des lampes de décembre. Et, pour ta nudité prochaine, l'âtre clair Crépite et d'un rayon de flamme chauffe, l'air...
Je t'attends. Quelle fièvre est en moi I Je suis ivre. Mes doigts impatients ont laissé choir le livre
OÙ pour tromper l'attente et calmer mon ennui J'essayai de chercher le bonheur qui me fuit. Mais qu'importe à mon cœur ce qui n'est pas lui-même? Quel livre en ce moment mérite que je l'aime ? La douleur qui n'est pas la mienne me surprend Et tout autre héros me laisse indifférent...
Bientôt tu seras là. Je t'aurai, ma chère âme, Serrée entre mes bras avec toute ma flamme. Tu m'auras regardé jusques au fond des yeux Pour y chercher, hélas ! ce mal silencieux Qui parmi nos baisers t'inquiète et t'étonne.,.
Et tandis que le vent, au dehors, monotone, Continue à pousser son sourd gémissement, Pour la vingtième fois nous serons des amants. D'une tremblante main j'aurai défait ta robe Et cherché de nouveau ce bien qui se dérobe. Je tiendrai contre moi ton corps passionné Et frémissant encor de s'être tant donné, Je jouirai de voir l'amour que j'ai fait naître Et, sans le partager, combien il te pénètre, Combien ce que je donne est plus grand que la part Que je prends à ce jeu de dupe et de hasard... Et sur le lit défait, ô ma belle maîtresse, Je songerai combien est vaine ta tendresse, Combien peu de bonheur je tire d'elle, hélas 1 — Mais toi, dans ton néant, tu ne comprendras pas. Et courbé sur ton sein, gémissante mandore Dont après le plaisir la corde vibre encore. Je goûterai l'amer et sec contentement De ta soumission, — de mon isolement... {La Flamme et les Cendres.)
JE vous DIRAI l'odeur
Je vous dirai l'odeur de la campagne après Que la pluie a trempé l'herbe épaisse des prés. Le doux balancement des roses sur leur tige, La forme du nuage au vent qui le dirige,
L*hirondelle et son jeu de navette, et l'azur, Et l'avoine qui tremble au faîte du vieux mur Je vous dirai l'heure dorée, et l'ombre lente, Et la source où bruit la Nymphe diligente. Et la cloche qui sonne, égale, et, chaque instant, Mesure nos plaisirs et notre part de temps... (Aquarelles.)
l'automne
Adieu I Voici l'automne et son triste présage. On a coupé les fleurs, on a cueilli les fruits, Et dans le pâle ciel que l'hirondelle a fui Déjà monte un néfaste et ténébreux nuage.
Adieu I L'été n'est plus. Son doux sourire a lui. Le regard éclatant s'éteint dans le visage. Et le cœur qui se calme, hélas 1 et devient sage S'abandonne aux langueurs du monotone ennui.
Hélas 1 Rien ici-bas ne dure. Tout s'efface.
Seule une éternité de rêve prend la place
Des chers biens qu'on croyait jamais ne voir finir I
Mais non 1 L'amour n'eût-il bâti que sur le sable. De nos bonheurs passés le reste impérissable Ta cendre nous le garde, ô brûlant souvenir 1 (Aquarelles.)