HENRI MARTINEAU
Né à Coulonges-sur-rAutize (Deux-Sèvres) le 25 avril 1882.
Collaboration poétique au Divan : no 7, janvier 1910 : — no 72, juillet 1921 ; — n» 76, février 1922.
Bibliographie Poésie : Les Vignes mortes, 1905. —
Mémoires, 1906. — Acceptation, 1907. —Ouvrages EN PROSE : Le roman scientifique d'Emile Zola : la médecine et les Rougon-Macquart, 1907. — Les Itinéraires de Stendhal, 1912. — La Vie de P.-J. Toulet, 1921. — Monographies : Francis Éon, 1909. — Pierre Fons, 1909. — Edmond Jaloux, 1911. — Guy Lavaud, 1911. — Eugène Montfort, 1913*. — François Porche, 1914. — Jean-Louis Vaudoyer, 1919. — Francis Carco, 1921. — Pierre Benoît, 1922. — Pierre Lièvre,1922. --Louis Thomas, 1922.
Qu'est-ce que l'amour sans solitude ?
(Stendhal.)
L'amour sans solitude, eh I bien, ce serait vous I Je sais, dans le silence on exalte son âme, Et le feu qui couvait s'élève et devient flamme Je sais, mais le rayon du désir ne m'est doux Que si je m'imagine ici votre présence... Et je ne voudrais plus nourrir des rêves vains I Le jour que j'aurai pris votre main dans ma main Nous verrons des jours tels, je le sais. L'espérance A ma bouche déjà met le goût chaud des fruits. Quand votre bouche me sourit et me dit : « oui ». Et mon cœur ose enfin recommencer à vivre. Mais, ô lointaine encor, je suis seul aujourd'hui, Et sans rien qui saurait me distraire : mon livre, Echappé de mes doigts, est là sur mes genoux ; Une abeille, enfermée avec moi dans la chambre, Revient obstinément aux roses de septembre ; Et ma pensée ainsi ne se pose qu'en vous, Ma pensée est à vous et mon inquiétude I Que fait es- vous si loin de moi, ce soir d'été, Où mon amour timide et seul voudrait goûter Ce que sera pour nous l'amour sans solitude ?
Ce jour était de brume attristé Quand un regard déchira la nue Du bel été.
Mais si, passante vite apparue, D'un tel éclat habille la rue Votre beauté
Quel triomphe attend la bienvenue De qui vous courbe de volupté, Heureuse et nue 1
C'est au soir de l'été qu'elle poussa ma porte Et dit, en se laissant tomber sur le divan : « Cette course en auto fut folle, je suis morte, Et mes cheveux défaits se souviennent du vent.
Puis elle rattacha qui toujours se dénoue Sa jarretelle jaune, épingla son chignon. Et poudra son menton volontaire et ses joues Que le soleil avait hâlés comme un brugnon.
Mais le plaisir fardait d'aurore son visage Quand elle reposa son front sur les coussins Et que, par l'échancrure offerte du corsage. On voyait palpiter dans l'ombre un de ses seins.
JEAN iMARTINEAU Né à Coulonges-sur-rAutize le 10 décembre 1880.
Collaboration poétique au Divan : n*» i, janvier 1909 ; — n" 11, mai 1910 ; — n» 24, septembre 1911.
Bibliographie : La Chanson de la mer, La Rochelle, 1905. — La Route au Soleil. « Le Beffroi », 1907.