VERS
Languissante saison, automne pâle et frêle.
Te voici de retour déjà sur nos coteaux
De Gironde que baigne un fleuve aux lourdes eaux.
J'entr'ouvre ce matin les volets des fenêtres
Sur le premier brouillard moite et silencieux
D'octobre. Le jardin n'est plus qu'un rêve bleu
Où tintent lentement, goutte à goutte, une à une.
Avec un bruit brisé de cristal ou de pleurs.
Les gouttes d'eau tombant des feuilles et des fleurs
Penchantes et jaunies. Les arbres dans la brume
S'éloignent en fumée immobile... O mon jardin.
Quel étroit horizon t'encercle de mystère Et d'isolement I Tout est donc mort ce matin Que mes yeux ne voient plus les choses coutumières ? Pourtant l'heure a sonné. Sur le sentier, au long Du mur, des vendangeurs à la vigne s'en vont, Et des groupes d'enfants arrivent à l'école. Et soudain, par deux fois, déchirant l'air pesant, Quelque lointain vapeur égaré sourdement Hulule vers le port et longuement sanglote... (Inédit.)