‹ Anthologie des poètes du Divan. Avec une introductionChapitre 78 sur 86 · LOUIS THOMAS · texte numérisé non relu

LOUIS THOMAS

Né à Perpignan le 21 avril 1885.

Collaboration poétique au Divan : n» 61, octobre 1919.

Bibliographie : Les dernières Leçons de Marcel Schwob sur François Villon. « Psyché », Paris, 1906. — Lily. « Psyché », 1906. — Les Flûtes vaines. « Psyché », Paris, 1906. — Les Cris du Solitaire. « Psyché », Paris, 1906. — La Maladie et la Mort de Maupassant. Arthur Herbert, Bruges, 1906. Une seconde édition, complètement remaniée, de ce travail, a été publiée à Paris, chez Messein, en 1912. — Yette, fragment de mes mémoires. Sansot, Paris, 1907. — Tablettes d'un Cynique. Editions de « La Société Nouvelle », Paris et Mons, 1908. — L'Esprit de Monsieur de Talleyrand. Les Bibliophiles Fantaisistes, Paris, 1909. — Le Général de Galliffet. Dorbon aîné, 1909. — Les douze Livres pour Lily. Les Bibliophiles Fantaisistes, Paris, 1909. — La Promenade à Versailles. Dorbon aîné, 1910. — L'Espoir en Dieu. Les Bibliophiles Fantaisistes, Dorbon aîné, Paris, 1910. — Vingt Portraits. Messein, Paris, 1911. —

Souvenirs sur Moréas. Sansot, Paris, 1911. — André Rouveyre. Dorbon aîné, Paris, 1912. — Curiosités sur Baudelaire. Messein, Paris, 1912. — Avec les Chasseurs. Grès, Paris, 1916. — Les Diables Bleus pendant la Guerre de Délivrance, 1916-1914. Perrin, Paris, 1916. — Voyage au Goundafa et au Sous. Payot, Paris, 1919. — Souvenirs d'un Chasseur, août 1914mars 1916. Perrin, Paris, 1919. — Les Etats-Unis inconnus. Perrin, Paris, 1920. — L'Esprit d'Oscar Wilde. Grès, Paris, 1920. — Sur un Gratte-Ciel. Messein, Paris, 1922. — Confession de la Mort. « Le Divan », 1923. — Musiques. « Le Divan », 1923. — Le Songeur. « Le Divan », 1923.

A consulter : Henri Martineau : Louis Thomai. « Le Divan »,

VERS l'azur

Je marchais dans la rue, je voyais des enfants Qui jouaient, des femmes qui riaient, des amants. Je suis rentré. Près d'eux j'étais un vieillard ivre Qui, saisissant entre ses lourdes mains un livre, Ne sait plus y trouver, comme il le fit jadis, Le parfum mystérieux qui s'exhale des lys.

Et vous, mon triste cœur, que nul ne peut connaître, Tandis que travaillés par un obscur émoi Les vergers, les moissons, les peuples et les bois Déchirent pour grandir les tissus de leur être. Pourquoi venir encor si faiblement gémir ?

Une pure beauté sort des plus hauts désastres. Redressez-vous, mon cœur, et dans ces vastes cieux Où gisent les pensers des hommes et des dieux, Que la courbe où s'inscrit la volonté des astres Vous apprenne l'orgueil de monter pour mourir.

Tout passe, le vent même abandonne les flots ; Toi seul, ami, tu vas, cherchant d'autres sanglots, Vers la mer, vers l'azur, vers l'espace sans bornes ; Et dans ton cœur désert qu'emplit un vide énorme Tu écoutes mourir peu à peu cette voix Qui t'enchantait jadis et qui ne renaît pas.

(Inédit)

P.-J. TOULET

Né à Pau le 5 juin 1867. Mort le 6 septembre 1920 à Guéthary.

Collaboration poétique au Divan : n° 15, novembre 1910 ; — n» 45, février 1914 ; — n» 50, juillet 1914 ; — n» 51, octobre 1915 ; — n» 58, mars 1919 ; — n» 63, janvier 1920 ; — n» 75, janvier 1922 ; — n° 86, février 1923.

Bibliographie : Monsieur du Paur, homme public. Simonis Empis, 1898. Emile-Paul, 1921. — Le Grand dieu Pan, traduit d'Arthur Machen. « La Plume », 1901. — Le Mariage de Don Quichotte. Ju\ en, 1902. La Renaissance du Livre, 1923. — Les Tendres Ménages. « Mercure de France », 1904. « Le Divan », 1923. — Mon amie Nane. « Mercure de France », 1905. « Le Divan », 1922, — Comme une fantaisie. « Le Divan », 1918, Emile-Paul 1921. — La Jeune Fille verte. Emile-Paul, 1921. — Les Contes de Behanzigue. Kundig et Grès, 1920. Le Hérisson, 1921. — Les Contrerimes. Emile-Paul, 1921. — Les Trois Impostures. Emile- Paul, 1922. — Le Souper interrompu. « Le Divan », 1922. — Correspondance avec un ami pendant la guerre. « Le Divan », 1922. — Les demoiselles La Mortagne. « Le Divan », 1923.

A consulter : Le Divan, n» 50, juillet 1914, consacré entièrement à Toulet. — Henri Martineau : La Vie de P.-J. Toulet. « Le Divan », 1921. (On trouvera dans ce petit volume l'indication à peu près complète des principaux articles parus sur Toulet jusqu'à sa date d'édition. Aussi nous n'indiquerons

ici que les études parues ultérieurement.) — Emmanuel Berl : La Vie de P.-J. Toulet et les Tendres Ménages. < L'Europe Nouvelle », 1" septembre 1923. — Emmanuel Buenzod : P.-J. Toulet. « Gazette de Lauzanne », 17 octobre 1921. — André Castagnou : La Poesia di Paul-Jean Toulet. « La Ronda », mars-avril 1922. — Clément Charoux : P.-J. Toulet eiV Ile Maurice, a Le Cyméen », Port-Louis, 16 février 1923.

— André Chaumeix : Entretiens littéraires : P.-J. Toulet. t Le Gaulois », 17 juin 1922. — Léon Daudet : A Propos de P.-J. Toulet. « L'Action Française », 22 septembre 1922.

— Tristan Derème : Tarbes et les Poètes. « Pau-Pyrénées », novembre 1922 ; P.-J. Toulet, poète, t Les Nouvelles Littéraires », 14 juillet 1923. — Chartes Derennes : Les Bonnes Lettres et les Mauvaises, t Bonsoir », 19 juin 1922. — Charles Du Bos : Les Trois Impostures, a La Nouvelle Revue Française », octobre 1922. — L. Dumont-Wilden : La Vie littéraire à Paris : Les Nouvelles tendances littéraires ; les influences secrètes : P.-J. Toulet. « La Nation belge », février 1923. — Jacques Dyssord : Au pays de P.-J. Toulet. « Le Figaro », 3 juillet 1921 ; Un petit neveu de Swift : P.-J. Toulet. « Les Nouvelles littéraires », 6 janvier 1923. — A.-M. Gaillard : Sur P.-J. Toulet. « Le Feu », janvier 1922. — René Groos : Paul-Jean Toulet. « Pour le Plaisir », 15 juillet 1923. — C. Guyot : La Poésie de P.-J. Toulet. Editions de la Renaissance d'Occident, Bruxelles, 1923. — Emile Henriot : Un Moraliste. « Paris-Midi », 14 juin 1922. — Jean Lebrau : Toulet et le Béarn. « Pau-Pyrénées », 18 février 1922. — Paul Leclercq : Avec Jean de Tinan. « Le Mercure de France », 15 mars 1923. — Eugène Marsan (sous le masque d'Orion dans « l'Action Française ») : Les Contrer imes, 13 mai 1921 ; La Vie de Toulet, 22 mai 1921 ; Le Bouclier de l'ironie, 18 juin 1922 ; Deux Dialogues de Toulet, 23 novembre 1922. — Henri Martin eau : Toulet. « Le Larousse mensuel illustré », avril 1922 ; Sur la tombe de P.-J. Toulet. « Le Figaro », 17 septembre 1922. — Georges- Armand Masson : La Fantaisie et les Fantaisistes. « La Revue Mondiale », 15 décembre 1921. — Edmond Pilon : La Vie de Toulet, le créole de l'Ile Maurice. « La Vie », mars 1922. — Henri de Régnier : La Vie littéraire. « Le Figaro », 8 mai 1921. — G.-M. Rodrigue : Paul-Jean Toulet. «La Renaissance d'Occident », janvier 1923. — André Rousseaux : Le Tombeau de Toulet. « L'Eclair », 19 août 1922. -^ François Ruchon : P.-J. Toulet. « La Semaine littéraire », Genève, 28 avril 1923. — Noël Ruet : P.-J. Toulet. « La Wallonie en fleurs », mai 1923. — Paul Souday : Pensées de P.-J. Toulet. « Le Temps », juin 1922 ; Les Livres. ■ Le Temps », 1" février 1923. — Louis Thomas : De Toulet. « Revue critique des Idées et des Livres », 10 juin 1921. — J.-L. Vaudoyer : La Poésie. « La Revue Hebdomadaire », 11 juin 1921.

POÈMES

D'une amitié passionnée

Vous me parlez encor, Azur, aérien décor,

Montagne Pyrénée,

Où me trompa si tendrement

Cette ardente ingénue Qui mentait, fut-ce toute nue,

Sans rougir seulement.

Au lieu que toi, sublime enceinte.

Tu es couleur du temps :

Neige en mars ; roses du printemps ;

Août, sombre hyacinthe.

Le temps irrévocable a fui. L'heure s'achève. Mais toi, quand tu reviens, et traverses mon rêve, Tes bras sont plus frais que le jour qui se lève, Tes yeux plus clairs.

A travers le passé ma mémoire t'embrasse. Te voici. Tu descends en courant la terrasse Odorante, et tes faibles pas s'embarrassent Parmi les fleurs.

Par un après-midi de l'automne, au mirage De ce tremble inconstant que varient les nuages, Ah, verrai- je encor se farder ton visage D'ombre et de soleil ?

Cet huissier, qui jetait, l'été,

Toute autre odeur que l'ambre.

Avait le nom d'un pot de chambre Et la fétidité.

L'autre, et noir, que, sous les lanternes.

On vit à ses leçons Avarier les beaux garçons,

Est charognard aux Temes.

Celui-là, qui fut président

De ses jolis compères, A Tair de suer ses affaires

Par son fanon pendant.

Mais l'autre (ô père de famille,

Poète méconnu) Ne me laissa qu'un lit tout nu — Telle y couchait sa fille.

En souvenir des grandes Indes,

Harmonieux décor, La Rafette nourrit d'accord

Un paon et quatre dindes.

Et l'on croirait — tous ces échos Gloussants, l'autre qui grince —

D'un préfet d'or, dans sa province.

Borné de radicaux.

« Ce tapis que nous tissons comme Le ver dans son linceul

Dont on ne voit que l'envers seul:

C'est le destin de l'homme.

« Mais peut-être qu'à d'autres yeux,

L'autre côté déploie Le rêve, et les fleurs, et la joie

D'un dessin merveilleux. »

132 LES POÈTES DU DïVAN

Tel Fô, que l'or noir des tisanes Enivre, ou bien ses vers,

Chante, et s'en va tout de travers Entre deux courtisanes.

O mer, toi que je sens frémir A travers la nuit creuse,

Comme le sein d'une amoureuse Qui ne peut pas dormir ;

Le vent lourd frappe la falaise...

Quoi I si le chant moqueur D'une sirène est dans mon cœur —

O cœur, divin malaise.

Quoi, plus de larmes, ni d'avoir Personne qui vous plaigne...

Tout bas, comme d'un flanc qui saigne,

Il s'est mis à pleuvoir.

(Les Contrer imes.)

Des pommes que l'automne a peintes Aux plus riches couleurs,

La plus charmante a des gauleurs Evité les atteintes.

Et le papillon, qu'un enfant Poursuit de rose en rose,

Il s'envole et là-haut se pose.

C'est le plus triomphant.

Mais la femme en mes bras tenue Et si douce à mon cœur,

Ce fut par un matin vainqueur Que je l'ai mise nue.

D'entendre sur les cèdres noirs craquer le givre, Que tes bras m'étaient doux, et l'auberge et l'hiver I Plus doux encor d'entendre, au bord du chemin vert. Le chant de la rainette, et la source revivre.

O silence attentif d'un soir couleur de miel ; Mélancolie, et toi musique, voix du ciel.

Bocages où s'est tu le bec du pic morose. Où la fleur n'a d'arôme et le fruit de liqueur. Jardin où meurt l'abeille et se fane la rose, Tels vous a fait l'automne et tel aussi mon cœur.

Mon âme paisible était pareille autrefois

A quelque ville assurée de ses murs antiques.

Avec des jardins, des palais et de riches boutiques,

Et de pâles pigeons qui se posent au bord des toits.

Mais après les jours de joie et de calmes fêtes La ruine est venue, les heures de peine et de pleurs ; La ville a connu (ainsi qu'il est dit aux gazettes) La pioche du démolisseur.

Et la pioche c'est vous qui l'aurez brandie, ô funeste Faustine, aimée sur les plages et dans les bois ; Ou vous encore, étrangère prudente de gestes. Aux yeux étroits.

Page 1