‹ Anthologie des poètes du Divan. Avec une introductionChapitre 77 sur 86 · INGRATITUDE · texte numérisé non relu

INGRATITUDE

— O Femme, diligente et favorable hôtesse. Lorsque sur le chemin paraît le bien-aimé. Votre cœur toujours prêt déborde de tendresse, Et l'amour est debout sur le seuil parfumé.

Car vous êtes l'accueil, le repos sous l'ombrage, Le rafraîchissement à nos lèvres offert, La corbeille de fleurs sur la table du sage, Le sein tiède, le nid berceur, les bras ouverts.

Mais tant de promptitude et tant de complaisance Par quoi l'orgueil de l'homme est trop tôt satisfait, Dans les âmes de feu laissent un vide immense Que vos soins les plus doux ne combleront jamais.

Ne vous verrai-] e point, par un coup de génie. Ajouter à vos dons l'impérieux désir ?

Et ne pourrai- je, enfin, sentir la tyrannie D'un amour exigeant sur moi s'appesantir ?

Ah I rejeter le faix d'une royauté vaine ; Sous votre loi, sombrer ou voguer vers le port, Et gagner, en servant les ardeurs d'une reine. L'oubli d'avoir été si longtemps le plus fort I

— Les dieux t'ont fait puissant, et leur faveur t'accablel Pourtant, vois ta malice et ton aveuglement : Tu réclames encore, ô maître insatiable. Le poids de ma faiblesse et de mon dénûment.

Laisse à l'enfant divin le choix de nos blessures, Poursuivons le combat sans lui désobéir ; Il a mis dans nos mains les armes les plus sûres : A toi de commander, à moi de consentir.

A moi d'enguirlander le vaisseau du pilote, A moi d'offrir ma bouche, et ma vie, et mon chant, Heureuse quand, meurtri par le sort, mon despote Sur mon cœur maternel gémit comme un enfant.

(Inédit)

DANIEL THALY Né à Roseau, Dominique (Antille anglaise) le 2 décembre 1879.

Collaboration poétique au Divan : n» 7, janvier 1910 ;

— no 9, mars 1910 ; — n» 14, septembre 1910 ; — n» 23, juillet 1911 ; — n^ 31, juin 1912 ; — no 34, novembre 1912 ;

— no 36, février 1913 ; — no 66, juillet 1920 ; — n» 69, janvier 1921 ; — n" 85, janvier 1923.

Bibliographie : Lucioles et Cantharides. Ollendorfï, Paris, 1900. — La Clarté du Sud. Société provinciale d'éditions, Toulouse, 1905. — Le Jardin des Tropiques. « Le Beffroi », 1911. — Chansons de mer et d'outre-mer. « La Phalange », 1911. — Nostalgies Françaises. « La Phalange », 1913.

l'inutile paradis

Beaux pays reflétant le triomphe suprême D'une riche nature aux vibrantes couleurs, Océans toujours blancs, forêts toujours en fleurs. Paysages heureux, ce n'est plus vous que j'aime I

Je préfère à présent aux arbres toujours verts Ceux des cieux tempérés dont l'éclat s'humanise Quand aux jours vaporeux où sanglote la bise L'azur prend la couleur des yeux qui me sont chers.

Ce soir pour apaiser la peine dont je souffre,

Au lieu de ces palmiers coupant un ciel de soufre

Sur qui flambent les feux de l'éther aveuglant,

Que ne puis-je en un parc où rêve le silence Suivre des yeux sur l'eau rêveuse d'un étang Le vol des feuilles d'or d'un peuplier de France !

CHANT dans la TEMPÊTE

Ecoutons la chanson du mât,

La chanson du mât de misaine,

Qui fut sous un autre climat

Un grand arbre bleu dans la plaine.

Lui qui charmait Fair du vallon, Il est nu sur la mer sauvage.

Il a pour fleur le pavillon 1 Il a les agrès pour feuillage I

Se souvient-il des grands étangs Où se miraient les pâles Ourses ?

Se souvient-il des courts printemps Où riaient les nymphes des sources ?

Ecoutons le large soupir Du mât de misaine en détresse.

O mon cœur, que va devenir L'arbre vert de notre jeunesse ?

(Inédit.)

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