‹ Anthologie des poètes du DivanChapitre 10 sur 85 · JUIN · texte numérisé non relu

JUIN

Une lune : croissant doré, Le silence de la campagne...

Chante une voix qui s'accompagne D'un violon énamouré.

Entends comme la voix se brise Et comme l'instrument gémit.

La nuit attend, paisible et grise, Ta souffrance, ô cœur endormi 1

Souffre avec cette voix qui chante, Cette douleur qui s'enfle et crois — Tellement l'ombre est émouvante — Que c'est la tienne, cette voix I

54 les poètes du divan

l'heure du poète

La fillette aux violettes Equivoque, à l'œil cerné, '

Reste seule après la fête Et baise ses vieux bouquets.

Ce n'est ni la nuit, ni l'aube, Mais cette heure où, dans Paris, • Les rôdeurs et les chiens maigres Errent dans un brouillard gris...

L'heure amère des poètes Qui se sentent tristement Portés sur l'aile inquiète Du désordre et du tourment.

Et ma lampe qui charbonne Luit sur ce pauvre cahier D'où se lèvent des fantômes Que je croyais oubliés.

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