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PETITS POÈMES

Dans le calme, la barque se balance Comme un vers que je dis.

Dors, mon amour, aux vagues de silence Des golfes attiédis.

Pour toi, j'ai déserté l'ombre des grèves,

Le lac et les roseaux ; Tes larges yeux ont reflété mes rêves,

La mer et les oiseaux.

J'ai mis ma vie au chaton de ta bague

Sous la lune d'un soir.

Dors, mon amour, il n'est pas une vague

Aux nappes de l'espoir.

N'écoute pas siffler sur toutes choses Les merles que j'entends ;

Et que pour toi les heures soient des roses Sur la tige du temps.

Regarde, la glycine a jauni sur la porte.

Et voici que l'automne aux tempes couronnées

De lierre caduc et de roses fanées

S'avance et d'un pied lourd foule les feuilles mortes.

Il marche et son manteau de pourpre au crépuscule

Se dénoue et se mêle aux nuances champêtres.

Mon cœur, voici l'octobre ; et les joueurs de flûte Commencent à siffler sous la voûte des hêtres. Veux-tu, nous quitterons pour la ville prochaine Les parterres flétris et l'ombrage des chênes. Et la maison rustique au milieu du feuillage Qui sut nous accueillir au retour du voyage. Et la source. Mon cœur, partons ; voici l'automne Et la dernière abeille aux troènes bourdonne.

Reste étendue sous la chaude verdure Et dors dans le parfum des hêtres et du buis ; Là-bas, l'herbe roussit dans la lumière dure. Mais sur nous, plein d'oiseaux, feuillage, tu bruis.

Dors, pendant qu'au zénith le soleil rude forge Le cuivre de l'automne et lance les essaims. Tandis que je regarde incliné sur ta gorge L'escargot jaune et bleu qui glisse entre tes seins.

La vie est douce encore à ceux qui savent vivre Et tirent de leurs maux de puissantes liqueurs ; Suspendez ce fracas, ce tambour et ce cuivre ; Il n'est besoin de cris pour émouvoir nos cœurs.

Ne me reprochez pas de vivre solitaire ; Mais dans ce bleu jardin au feuillage léger Où la rose fleurit près de la serpentaire Pour un songe amical j'ai de quoi vendanger.

Je fume sagement ma vieille pipe à l'ombre D'un arbre blanc et vert, sonore et japonais ; Eh I pourquoi penserais-je à quelque heure plus sombre, A d'anciens printemps qui sont déjà fanés ?

Celui-ci me déchire et cet autre me loue ; Mais qu'importe ? Demain, les grappes mûriront. Laissez-moi dans ces jours que le destin m'alloue De funèbres rameaux ne pas ceindre mon front.

Dois-je encore pleurer '? Qui faut-il c|ue j'envie ? Cette glycine en ileur s'enroule au cyprès noir ; Amie aux beaux cheveux dont l'amour est ma vie, N'ai-je pas tes bras nus qui m'enivrent le soir ?

CHARLES DERENXES Né à Villeneuve-sur-Lot, le 4 août 1882.

Collaboration poétique au Divan : n° 26, décembre 1911 ; — 11° 67, septembre-octobre 1920 ; — n» 91, juilletaoût 1923.

Bibliographie. — Poèmes : L' Enivrante Angoisse. Ollendorff, 1904. — La Tempête. Ollendorfî, 1906.

— La Chanson des deux Jeunes Filles. Bernouard.

— Le Livre d'Annie. Bernouard. — Perséphone. Garnier. — La Princesse. Champion. — La Fontaine Jouvence. — Œuvres en Prose : L'Amour Fessé. Mercure de France. — Le Peuple du Pôle. Mercure de France. — La Guenille. Louis Michaud. — Le Miroir des Pécheresses. Louis Michaud. — Nique et ses Cousines. Louis Michaud. — M. de Tournèves. Bernard Grasset. — Les Caprices de Nouche. Renaissance du Livre. — Le Béguin des JMuses. Renaissance du Livre. — Les Enfants sages. Renaissance du Livre. — Leur tout petit Cœur. Renaissance du Livre. — Cassinou va-t-en Guerre. G. Crès. — Le Pèlerin de Gascogne. G. Crès. — Les Conquérants

d'idoles. G. Grès. — La Nuit d'été. L'Edition. — La Petite Faiinesse. L'Edition. — Les Bains dans le Pactole. Albin Michel. — Le Renard bleu. Albin Michel. — Le Beau Max. Férenczi, — Vie de Grillon. Albin Michel. — La Chauve- Souris. Albin-Michel.

A consulter : E. Gaubert et Rigal : Les poètes du Midi. — Gabriel Boissy : Les plus beaux poèmes d'amour. — Henri Martineau : Charles Détenues, poète. « Le Divan », n" 67, septembre-octobre 1922.

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