TRISTESSE AUX YEUX D'ARGENT
Je parle de l'amour avec un cœur paisible, Hélas ! et l'on voit bien que je ne subis pas Le bienheureux pouvoir de ce maître invisible Qui viendra me surprendre au jour qu'il choisira.
Alors, je n'aurai plus de paroles peut-être Pour accueillir chez moi l'Etranger dangereux. Et, sans voix, je verrai que les dieux veulent être Plus beaux encor que tout ce qu'on rêva sur eux.
Alors je goûterai les choses véritables
Que mes lèvres d'enfant ne savent que nommer,
Et je posséderai les trésors redoutables
Qui me hantent de loin malgré mes yeux fermés.
Et la Douleur viendra — car l'amour l'y convie — Et prendra votre chère place à mon chevet, O protectrice pure, ô mon unique amie A qui mon cœur fidèle avait tout réservé.
Tristesse aux yeux d'argent qui veillez sur ma vie.