‹ Anthologie des poètes du DivanChapitre 85 sur 85 · STANCES · texte numérisé non relu

STANCES

Les ombres dans ton cœur s'éveillent et gémissent, Les lignes du passé assiègent l'horizon Et celle qui partit comme une Bérénice Revient avec son fol trésor de déraison.

Tu reprends des chemins raturés par les ronces. Tu te penches au bord des réservoirs taris. Pareil à l'écolier qui raille les semonces Tu railles les leçons que les ans t'ont appris.

Une rose d'avril égarée en automne

Palpite dans l'or lourd, flamme sur le tison.

Tu ne veux plus bercer près d'un feu qui chantonne

Les débiles enfants de l'arriére-saison.

Tu quittes ta langueur, ta paix, ta complaisance. Ce havre somnolent que l'on ne drague plus ; Et tu jettes aux dieux voraces de l'absence Les trésors clandestins que tu croyais perdus ;

Ton œil suit dans le temps les jeux de la mémoire; Sous des bosquets jaunis, sur des seuils délaissés, Tu retrouves, roulés dans une étoffe noire. Quelques gages riants comme des nouveaux-nés.

Ta mémoire est l'amie exacte des fantômes ; Elle force ton cœur avec ces visions ; Des philtres condensés vacillent dans leurs paumes... Accueille les présents de ces vieux échansons.

Enivre-toi, hélas, à ce festin d'une heure Car déjà ta Jouvence est dans l'eau du Léthé. Tu ne garderas pas longtemps dans ta demeure Ces voyageurs épris de leur pays hanté.

Ce soir tu seras seul avec ta solitude. Foulant des fruits amers et des restes de fleurs, Regardant sans son fard ta reine, l'Habitude, Que les sages vaincus appellent le Bonheur.

(Inédit.) 1920.

LÉON VÉRANE

Né à Toulon (Var) le 21 décembre 1885. Collaboration poétique au Divan : n° 23, juillet 1911 ; — n° 32, juillet 1912 ; — n° 56, décembre 1918.

Bibliographie : La Flûte des Satyres et des Bergers, vers et prose, 1909. — Terre de Songe. Edit. des « Facettes», 1912. — Dans le jardin des Lys et des

Verveines rouges. Edit. des « Facettes», 1913. — Quelques tendances de la jeune poésie. Edit. des «Chroniques de Provence», 1913. — La Gardeuse de paons ou le tombeau de Stuart- Merrill avec M. Martin et E. Dalichoux. Edit. des « Facettes », 1917. — Images au Jardin. Edit. des «Facettes», 1922.

A consulter : Tristan Derème, L'Ere Nouvelle, 24 février 1922. — A. Fonlainas, Mercure de France, l"' juin 1922. — H. Pourrai : La Vie, 15 janvier 1923. — Saint-Georges de Bouhélier, Comœdia, 23 mai 1921. — F. Carco, Le Feu, mai 1912 et mars 1913. — Louis Pize, La Revue Fédéraliste, janvier 1922. — Valm}^ Baysse, Comœdia, 12 février

POUR ALBERT MARCHON

Quand septembre fera la vigne verte et rousse Et qu'un faix de fruits murs chargera l'espalier ; Mon Marchon, avec toi je veux faire carousse En un port provençal encombré de voiliers.

Sous d'antiques mûriers que le. Mistral rebrousse Voici pour le déduit l'auberge des rouliers. Que des goulots étroits le vin s'échappe et mousse ; Sers^ante, ouvre pour nous l'armoire et le cellier.

Qu'on apporte, en un plat fleurant le thym et l'huile. L'ardente bouillabaisse où dans l'or du safran Près du congre en tronçons la langouste rutile.

Et, si d'un noir civet l'hôte va nous offrant. N'est-ce pas qu'il convient, ô Marchon tendre ivrogne, De nous en barbouiller et la barbe et la trogne ?

{Inédit.)

Roger Allard Nicolas Beauduin Pierre Benoit Jean-Marc Bernard François Berthault Francis Cargo Philippe Chabaneix Gilbert Charles Henry Charpentier Lucien Christophe Tristan Derème Charles Derennes Henry Dérieux Léon Deubel Fernand Divoire Marcel D rouet Paul Drouot Henri Duclos Jacques Dyssord André-Marie Éon Francis Éon Albert Erlande Lucien Fabre Fagus Pierre Fons Charles Forot Henri Gadon Maurice Gauchez Emile Henriot Jacques-Noir

André Lafon Jules Laroche Guy Lavaud Philéas Lebesgue Jean Lebrau Gaston Luce Edgar Malfère Gérard Mallet Louis Mandin Henri Martineau Jean Martineau René Martineau Marcel Martinet Fernand Mazade Alphonse Métérié Claude Odile Marcel Ormoy Jean Pellerin Cécile Périn Edmond Pilon Louis PizE Thierry Sandre Jean Tenant Daniel Thaly Louis Thomas

P.-J. TOULET

Paul Valéry Théo Varlet Jean-Louis Vaudoyer Léon Vérane

Cette Anthologie des Poètes du Divan précédée d'une étude par Pierre Lièvre constitue le numéro 92 (^septembre-octobre 1923) du Ditfan.

Il en a été tiré en outre, avec une pagination indépendante, 500 exemplaires sur alfa et 25 sur pur fil Lafuma.

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