‹ Anthologie des poètes français du XIXème siècleChapitre 11 sur 131 · EDOUARD GRENIER · texte numérisé non relu

EDOUARD GRENIER

Où d'un être adoré le cœur se révéla.

Que ce bonheur ait lui l'éclair d'une seconde, Ou qu'il ait rayonné sur un long avenir, L'âme en garde à jamais l'immortel souvenir.

Mais même sans l'amour tes rives sont si belles,

O Bosphore! et la main complaisante des dieux

Les revêt d'une grâce et d'une splendeur telles

Que l'étranger lui-même, à l'heure des adieux,

Sans en être attendri ne peut s'éloigner d'elles 5

Et devant ce ciel pur, ces flots et ces cyprès,

Dit : « Pourquoi donc partir? le bonheur est tout près. »

Et moi, je fus aussi dans ta verte Arcadie ! J'ai contemplé tes cieux, j'ai contemplé tes mers; J'ai reçu leur beauté dans mon âme agrandie; J'ai versé dans tes flots mes pleurs les plus amers. Mais lorsque sous le coup ma raison étourdie Chancelait... alors Dieu, dans sa tendre pitié, Ouvrit derrière moi les bras de l'amitié.

Elkovans ! elkovans ! que de fois, quand la brise Ranimait à mes pieds le feu du narghilé, N'ai-je pas écouté votre plainte indécise !...

60 ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.

Sous l'éperon de fer du caïque effilé, La vague sanglotait comme un cœur qui se brise; La lune, triste et pâle, au bord du ciel bruni Se levait, et mon cœur plongeait dans l'infini.

Elkovans ! elkovans ! je sais plus d'une histoire Douce comme l'amour, triste comme la mort. Une surtout! Je veux la dire à votre gloire. Comme au sein de la mer une perle qui dort, Elle repose encore au fond de ma mémoire ; Mais je veux la tirer de son humide écrin, Et montrer au soleil mon trésor sous-marin.

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