‹ Anthologie des poètes français du XIXème siècleChapitre 111 sur 131 · ALBERT MÉRAT · texte numérisé non relu

ALBERT MÉRAT

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Au milieu de la chaîne énorme des grands monts, Si hauts que l'air, plus rare, y manque à nos poumons, Jusqu'au fond du lac bleu prolongeant ses abîmes, Superbe, et dépassant du front toutes les cimes, La montagne de loin attire les regards.

L'imagination douce des montagnards

La trouve la plus belle et la nomme : la Vierge.

De la fenêtre étroite et basse de l'auberge, Tandis que s'apprêtaient les guides dans la cour, Mon ceil, à l'horizon, dessinait le contour De la montagne pâle et blanche comme un cygne. Le soleil colorait cette candeur insigne, Et l'on voyait rougir la neige sans affront, Comme fait une enfant qu'on a baisée au front, Craintive, et dont le sang à la joue embrasée Pour la première fois monte en vive rosée. L'astre, c'était l'amour; la neige, la candeur.

Puis, lorsque s'éteignit toute cette splendeur,

— Car l'esprit la retient, mais l'heure la déplace, —

Mes yeux, moins éblouis, virent les flancs de glace,

La stérile froideur et l'immobilité,

Et pourtant l'invincible attrait de la beauté.

Je ne sais pas comment cela se fit... Peut-être Etait-ce l'air du soir soufflant par la fenêtre, Peut-être la fatigue, ou bien un souvenir? Mais le tableau que l'âme a peine à contenir

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S'effaça peu à peu : les lignes s'arrondirent ; Les angles purs et droits vers le ciel assouplirent En ondulations leur rigide dessin ; L'aspérité du roc se moula comme un sein, Ayant pour vêtement la neige immaculée.

L'image palpitait, charmante, reculée, ,Obscure, insaisissable, et pourtant près de moi; Et, sans que ma raison pût concevoir pourquoi, Le mont géant avait des épaules mignonnes.

Et comme on a parfois des rêves monotones Quand l'amour qu'on berçait n'est pas bien endormi, Pâle et blanche, et venant à moi d'un air ami, Avec cette beauté que la grâce décore, Je vis, spectre charmant, celle que j'aime encore.

(Les Chimères)

LE mOULlUHi

C'est par eau qu'il faut y venir.

La berge a peine à contenir Le fouillis d'herbes et de branches, Ce monde petit et charmant, La grande roue en mouvement, Les vannes et leurs ponts de planches.

Un bruit frais d'écluses et d'eau

Monte derrière le rideau

De la ramure ensoleillée.

Quand on approche, il est plus clair;

Le barrage jette dans l'air

Comme une odeur vive et mouillée.

ALBERT MERAT

Pour arriver jusqu'à la cour, On passe, chacun à son tour, Par le moulin plein de farine, Où la mouture en s'envolant, Blanche et qui sent le bon pain blanc, Réjouit l'œil et la narine.

Voici la ferme; entrons un peu.

Dans l'âtre on voit flamber le feu Sur les hauts chenets de cuisine.

La flamme embaume le sapin; La huche de chêne a du pain, La jatte de lait est voisine.

Oh ! le bon pain et le bon lait !

Juste le repas qu'on voulait; On boit, sans nappe sur la table, Au tic-tac joyeux du moulin, Parmi les bêtes, dans l'air plein De l'odeur saine de l'étable.

Lorsque vous passerez par là, Entrez dans le moulin. Il a Des horizons pleins de surprises, Un grand air d'aise et de bonté, Et contre la chaleur d'été De la piquette et des cerises.

(Au Fil de l'Eau)

ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.

LE COU'RcAWll

Il faudrait, pour quitter la ville, un vieux bateau, Suivant l'eau lentement, sans voiles et sans rames ; Sur des nuages blancs, aussi blancs que des femmes, Le ciel deté, l'azur étendrait son manteau.

Serré dans le granit comme dans un étau, Le fleuve mord ses bords et glisse en courtes lames; Et la ville aux toits bleus tout pailletés de flammes Parade bruyamment comme sur un tréteau.

Plus de quai; des maisons d'un étage, des rives, Les saules, les bouleaux, les aubépines vives, Un coin du bien-aimé paysage français.

Les peupliers sont hauts, les collines sont bleues... Où donc est la rumeur de foule où je passais? Je ne sais pas combien j'ai pu faire de lieues.

(Les Souvenirs)

LES FEZX.ÉT1{ES FLEWRJES

Les Parisiens, entendus Aux riens charmants plus qu'au bien-être, Se font des jardins suspendus D'un simple rebord de fenêtre.

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