GABRIEL MARC
Une existence calme et douce, en revoyant
Les bois et les vallons où je courais enfant;
De m'asseoir aux beaux jours sur l'herbe des clairières,
Près des mêmes genêts et des mêmes bruyères,
Toujours comme autrefois prompt à m'émerveiller;
Et d'entendre au lointain quelque ménétrier
Marier, en jouant bourrée ou montagnarde,
Mes rimes aux accords de sa vielle criarde.
(Poèmes d'Auvergne)
SOLEIL LEVcAC^T
La nuit vient, disions-nous. Les grandes épopées, La passion, l'amour, l'idéal infini, Tout est mort. L'art vaincu s'en va comme un banni, Et le monde s'éclaire aux lueurs des épées.
Mais voilà que soudain les ombres dissipées S'écartent, et l'on voit que tout n'est pas fini. Ecoutez. — C'est le cor farouche d'Hernani Qui dit aux nations : « Vous vous êtes trompées. »
Non, le soleil n'est pas couché. Superbe encor,
Il luit. Si Josué retarda son essor,
Plus puissant, le poète empêche qu'il ne sombre.
Il chante, et de l'aurore on sent le pur frisson ; Il chante, et le soleil, vainqueur de la nuit sombre, Majestueusement remonte à l'horizon.
(Soleils d'Octobre)
4^2 ANTHOLOGIE DU XIXe SIECLE
TcATScAGE
Le long du Bas-Meudon, par les soleils d'avril, La Seine est scintillante et claire. Les feuillages Tendres et vaporeux s'accrochent aux treillages, Et, joyeux, les oiseaux reprennent leur babil.
L'air est frais, et l'on sent comme un parfum subtil De sève qui déborde. Echappés aux mouillages, Des canots bigarrés mêlent leurs fins sillages, Et l'eau, comme un miroir, reflète leur profil.
Dans les ilôts touffus, pleins d'herbes et d'arbustes, Les saules aux tons gris près des chênes robustes Ont l'air, tout frissonnants, d'être peints par Corot.
On ne songerait plus à la cité voisine,
Si l'on ne voyait poindre, au-dessus d'un îlot,
La cheminée énorme et rouge de l'usine.
(Sonnets Parisiens)