‹ Anthologie des poètes français du XIXème siècleChapitre 18 sur 131 · GUSTAVE NADAUD. I O I · texte numérisé non relu

GUSTAVE NADAUD. I O I

Le sage seul, parmi les hommes, Cueille ses jours, cueille ses pommes, Dans leur maturité.

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Je me fais vieux, j'ai soixante ans, J'ai travaillé toute ma vie Sans avoir, durant tout ce temps, Pu satisfaire mon envie.

Je vois bien qu'il n'est ici-bas De bonheur complet pour personne Mon vœu ne s'accomplira pas :

Je n'ai jamais vu Carcassonne !

« On voit la ville de là-haut, Derrière les montagnes bleues; Mais, pour y parvenir, il faut, Il faut faire cinq grandes lieues, En faire autant pour revenir!

Ah! si la vendange était bonne!

Le raisin ne veut pas jaunir:

Je ne verrai pas Carcassonne!

« On dit qu'on y voit tous les jours, Ni plus ni moins que les dimanches, Des gens s'en aller sur le cours En habits neufs, en robes blanches.

102 ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.

On die qu'on y voie des châreaux Grands comme ceux de Babylone, Un évêque et deux généraux !

Je ne connais pas Carcassonne!

« Le vicaire a cent fois raison :

C'est des imprudents que nous sommes.

Il disait dans son oraison Que l'ambition perd les hommes.

Si je pouvais trouver pourtant Deux jours sur la fin de l'automne...

Mon Dieu! que je mourrais content Après avoir vu Carcassonne!

« Mon Dieu! mon Dieu! pardonnez-moi

Si ma prière vous offense :

On voit toujours plus haut que soi,

En vieillesse comme en enfance.

Ma femme, avec mon fils Aignan,

A voyagé jusqu'à Narbonne;

Mon filleul a vu Perpignan :

Et je n'ai pas vu Carcassonne! »

Ainsi chantait, près de Limoux, Un paysan courbé par l'âge.

Je lui dis: « Ami, levez-vous, Nous allons faire le voyage. »

Nous partîmes le lendemain; Mais (que le bon Dieu lui pardonne!) Il mourut à moitié chemin:

Il n'a jamais vu Carcassonne!

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