‹ Anthologie des poètes français du XIXème siècleChapitre 22 sur 131 · ERNEST PRA ROND. \Ç>J · texte numérisé non relu

ERNEST PRA ROND. \Ç>J

LE ?GAlRJ)OWi VE LES'BIE

Parmi les sœurs des dieux et des chèvres camuses, Les plus belles qu'au monde aient fait aimer les Muses, Que leur nom soit Hélène, Amaryllis, Héro, Toi qu'on dira toujours « la belle au passereau,» O méchante Lesbie, aimée et diffamée, Qu'outragea ton poète, adorable opprimée, Tombée où tu devais, hélas ! descendre un jour, Je te retirerai du sombre carrefour; Je te délivrerai des hontes de Subure; Ma pitié sur tes lins ira jeter la bure; Et l'austère manteau qui, rude, froissera Tes poignets délicats et ta gorge, sera Le rachat des zéphyrs de Cos que tu lacères Et du ciel bleu mêlé dans les tissus des Sères. Je te prodiguerai cette grande pitié Meilleure que l'amour, égale à l'amitié, A la miséricorde éparse, immesurée, Divine, éther clément dans la paix azurée, Qui pénètre le monde et l'emplit, poursuivant Jusqu'aux gouffres déserts tout principe vivant, Et, du brin d'herbe à l'astre égaré, l'enveloppe. . . Ne la repousse pas, dirai-je à Pénélope; Ne vous reculez pas, mères des vieux Romains; O Lucrèce, qui mis le glaive en tant de mains, Sois-lui facile; et vous qui vécûtes sacrées, Vestales, oubliez des fautes exécrées. — Et je serai pour toi le myste auguste, ayant, Cœur plein, tous les pardons du Monde bienveillant.

I08 ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.

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AH ! la Seine est toujours la bonne institutrice. Lutèce l'eut pour sœur, Paris l'a pour nourrice. Elle apporte du fond des Gaules, des forêts, Des champs, l'esprit du sol, des airs, les souffles frais, La respiration fiévreuse des poitrines Qu'agitent, généreux, le combat des doctrines Et l'espoir invaincu de voir l'humanité, — La France au cœur, — prendre âme et voix de la Cité. Elle apporte le vin des vignes glorieuses ; Elle apporte le bois pour les nuits studieuses, Pour les foyers amis. — Souvenirs évoqués ! Le vrai cœur de Paris bat non loin de ses quais, A gauche de la grande artère aux eaux fécondes Et sous le mont sacré, mamelle des deux mondes Où vinrent s'abreuver les peuples, les esprits, Les faibles et les forts, les grands, Dante compris, Les insoumis, Villon, les délicats, Erasme, Ceux qui faisaient brûler, ceux dont l'enthousiasme Outré de voir le juste ou le droit trébucher, Avec colère et joie acceptait le bûcher. La Seine aime le mont des combats et des veilles Avant le Louvre orgueil et gardien des merveilles; Ses quais même ont ce culte et l'affirment deux fois. C'est du côté par l'ombre accaparé dix mois, Mais salué par l'aube encore au temps des givres, Que sur les parapets s'entassent les vieux livres, Et c'est de ce côté qu'en toutes les saisons Les fleurs tombent aussi de pleines cargaisons.

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