LOUIS BOUI1HET
Quand l'Amour sensible et bien né, Secouant des branches fleuries, Souriait, tout enrubanné, Dans la fraîcheur des bergeries,
Et, le soir, sous les marronniers, Pressait la belle qui menace, Mince, dans sa robe à paniers, Comme une anguille, dans sa nasse.
Siècle heureux, de bisque nourri, Dont la morale sans lisières Se consolait des Dubarri, Avec la vertu des rosières!
Comme on prenait des airs penchés Pour mener paître dans la plaine Quatre moutons endimanchés Dont on avait frisé la laine!
Et comme, à l'ombre des ormeaux, C'était une charmante chose D'entendre au loin vos chalumeaux, Bergers blonds, en culotte rose:!
Pour fuir la cour du roi Pétaud Ou les croquants de mince étoffe, On emportait dans son château Son singe — avec son philosophe.
Et c'était fête, tous les jours, ■Grâce aux amabilités jointes
Du petit chien qui fait des tours iEt de l'abbé qui fait des pointes.
1^6 ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.
Oh! les soupers sur les balcons!
Les soupers fins, où la campagne Semblait, au travers des flacons, De la couleur du vin d'Espagne!
Oh! l'esprit! oh! les bons caquets Saupoudrés de littérature, Quand on montait, par les bosquets.
Vers quelque temple à la Nature!
L'ombre, parfois, faisait oser.
Sous l'abri des grottes opaques, On entendait plus d'un baiser...
Mis sur le compte de Jean- Jacques!
Les vers luisants, dans les gazons, Brillaient comme des émeraudes; Le vent emportait les chansons; La nuit mouillait les têtes chaudes;
Et la bouteille, aux larges flancs Où l'araignée a mis ses toiles, Pour les convives chancelants Doublait le nombre des étoiles!..
Hélas! hélas! — au gouffre ouvert
Tous sont tombés : — pas un qui bouge i
Un soir, à l'heure du dessert,
Vint à passer l'homme au bras rouge!