LOU IS BOUILH ET
Ils se levèrent sans effort, Le calme au front, l'orgueil dans l'âme, Doux et polis devant la Mort, Comme auprès d'une grande dame.
Le jeune au vieux cédait le pas Avec des grâces enfantines; L'urbanité de leur trépas Fit un salon des guillotines.
On eût dit, à les voir venir Vers les sanglantes boucheries, Qu'ils récitaient, pour mieux finir, L'oraison des galanteries ;
Et leur tête, en ces jours ardents Où le peuple agitait sa foudre, Tomba — le calembour aux dents — Avec un nuage de poudre!...
(Dernières Chansons)
LE TUNlG-WHcAWiG-FUNlG
La fleur Ing-wha, petite et pourtant des plus belles, N'ouvre qu'à Ching-tu-fu son calice odorant; Et l'oiseau Tung-whang-fung est tout juste assez grand Pour couvrir cette fleur en tendant ses deux ailes.
Et l'oiseau dit sa peine à la fleur qui sourit, Et la fleur est de pourpre, et l'oiseau lui ressemble, Et l'on ne sait pas trop, quand on les voit ensemble, Si c'est la fleur qui chante, ou l'oiseau qui fleurit.
I^S ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.
Et la fleur et l'oiseau sont nés à la même heure,
Et la même rosée avive chaque jour
Les deux époux vermeils, gonflés du même amour.
Mais quand la fleur est morte, il faut que l'oiseau meure.
Alors, sur ce rameau d'où son bonheur a fui, On voit pencher sa tête et se faner sa plume. Et plus d'un jeune cœur, dont le désir s'allume, Voudrait, aimé comme elle, expirer comme lui.
Et je tiens, quant à moi, ce récit qu'on ignore D'un mandarin de Chine, au bouton de couleur. La Chine est un vieux monde où l'on respecte encore L'amour qui peut atteindre à l'âge d'une fleur.
(Dernières Chansons)
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