EUGENE MANUEL
'est par des qualités toutes françaises d'émotion, de simplicité, de naturel, de clarté, qui n'excluent ni î élégance soutenue, ni V élévation fréquente, que éM. Eugène zManuel a conquis tune des premières places au « Canon » des poètes de ce temps. Son talent se recommande par une probité parfaite, il donne tout ce qu il promet; il plaît à tous par une continuelle harmonie entre la forme toujours juste et la pensée toujours généreuse.
Le début de zM. Eugène cManuel, Les Pages intimes, suffit à le placer hors de pair. La sympathie courut à ce vrai poète qui ne se produisait qu'avec maturité, après une longue élaboration, un recueillement scrupuleux. La situation spéciale de Fauteur ajoutait, ajoute encore à l attrait de ses poèmes; car <5\T. zManuel avait composé son livre initial dans les rares loisirs du professorat. (-Maintenant il donne à la éMuse les heures intermittentes que lui laissent les fonctions plus hautes, mais moins absorbantes, de l'Inspection Générale. C'est au milieu de ces occupations toujours remplies avec conscience et supériorité que le poète a successivement créé et mis au jour les Poèmes populaires, les petits drames si pathétiques des Ouvriers et de l'Absent, Pendant la guerre, En Voyage.
Les Poèmes populaires, retardés par les événements de i8yo-ji , ont paru longtemps après leur composition. QÂussi faut-il reconnaître à éM. zManuel pour ce volume, comme pour le précédent, un mérite de priorité : c'est lui qui le premier a fait inaugurer, du moins fait accepter ce genre nouveau de récits, pris dans l'existence de chaque jour, où le
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prosaïsme apparent du sujet est relevé' par l'art de l'exécution. fPÇous ne pourrions énumérer toutes les belles pièces de ce recueil. Pendant la G uerre résume les impressions vives et profondes d'un poète qui est en même temps un citoyen. Enfin le dernier ou plutôt le plus récent ouvrage de zM. {Manuel, En Voyage, nous montre le talent du poète sous ses trois aspects, sentimental, populaire, patriotique, avec sa triple puissance d'élégie, de narration et de lyrisme. C est comme une symphonie du voyage où revient, ainsi qu'un motif principal, révocation de la compagne, de la éMuse du foyer. Ce sentiment, comme tous ceux que I auteur a mis en œuvre, est exprimé toujours avec une rare délicatesse, une véritable finesse de nuances. Les poésies de zM. Eugène zManuel ont été publiées par zM. Calmann lévy.
Emmanuel des Essarts.
VIS CT{ÉTIOPC
Ne le dis pas à ton ami Le doux nom de ta bien-aimée S'il allait sourire à demi, Ta pudeur serait alarmée.
Ne le dis pas à ton papier, Quand tout bas la Muse t'invite :
L'œil curieux peut épier La confidence à peine écrite.
Ne le trace pas, au soleil, Sur le sable, le long des grèves; Ne le dis pas à ton sommeil, Qui pourrait le dire à tes rêves;