‹ Anthologie des poètes français du XIXème siècleChapitre 41 sur 131 · LAURENT-PI CHAT · texte numérisé non relu

LAURENT-PI CHAT

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Comme un pèlerinage où le cœur doit se rendre, Pour me fortifier, j'ai voulu vous revoir Avant l'hiver qui s'ouvre, avant d'aller reprendre Ma place dans la foule et mon poste au devoir.

Tel qu'un oiseau perdu tombe, l'aile blessée, Et vient boire au lac noir de la sombre Gemmi; Moi, dans votre douleur j'ai plongé ma pensée, Et nous avons parlé de notre grand ami.

Je sortirai meilleur de cette bonne halte; Je ne crains plus de voir mon ardeur me trahir, Je sens que ce breuvage amer et pur m'exalte, Et je sais mieux aimer maintenant, mieux haïr.

Une fleur naît toujours aux lieux les moins propices, Fleur libre qu'une main ne cueillera jamais, Fleur de la neige, fleur des sombres précipices, La fleur souffrante et rose, hôtesse des sommets.

Tel est le souvenir né dans la solitude Où vous m'avez admis en me tendant la main, Et d'où je redescends parmi la multitude De ces indifférents que je verrai demain.

Gardez ce souvenir. La vallée est profane; La terre n'est que fange et l'air est obscurci. Adieu ! Je ne veux pas que cette fleur se fane! Gardez-la! Je viendrai la respirer ici.

]8o ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.

SOUVENIONS Fo4WlÉS

Qu e me veux-tu, fleur oubliée, O mystérieux souvenir? Dans cette page repliée Que fais-tu ? D'où peux-tu venir ?

Prisonnière que je délivre, Fantôme frêle et fatigué, Lorsque je te mis dans ce livre, Etais-je triste? étais-je gai?

La main qui t'avait ramassée Dans le bois, au bord du chemin, Peut-elle encore être pressée?

Connaît-elle encore ma main ?

Ombre de fleur, douce et hagarde, Ton grand œil bleu décoloré Avec fixité me regarde, Comme pâli d'avoir pleuré.

En vain dans tout mon passé j'erre, Remontant les jours révolus, Ma pauvre petite étrangère, Hélas! je ne te connais plus.

Mais reçois mon culte anonyme; Pardonne à mon cœur affaibli, Et que ton odeur se ranime :

J'élève un autel à l'oubli.

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