JULES BARBIER
ules Barbier est né à Taris en 1825. Outre ses drames et ses comédies joués depuis plus de trente ans sur nos premières scènes, ses nombreux livrets d'opéra, composés avec beaucoup d'art et une véritable science du métier, lui ont créé une spécialité dans laquelle il est réellement supérieur. cMais ce n'est point de ï habile librettiste que nous avons à nous occuper ici. éM. Jules 'Barbier, dans un volume de poésies : La Gerbe, a recueilli les vers épais que lui ont inspirés différentes circonstances de sa vie. Une langue franche et ferme, de ï esprit mêlé a beaucoup de sentiment, quelque chose d'honnête et d'enthousiaste, une pensée toujours élevée, telles sont les principales qualités qui marquent les pièces de zM. Jules Barbier et leur donnent une place fort distinguée parmi les œuvres des poètes contemporains. Son volume de vers a été publié par c4. Lemerre.
E. Ledraix.
SÊ\Ë^CITÉ
Usons bien de la vie en ses plus belles heures, Sans trembler au vol des corbeaux!
Avant un peu de temps, il faudra que tu meures; Tressons des fleurs pour nos tombeaux!
JULES BARBIER. iS}
Au nom du Créateur un prêtre calomnie
Ces roses prêtes à s'ouvrir; Le printemps de nos jours n'est pas une agonie ;
Nous ne vivons pas pour mourir!
Vivons pour honorer en son plus bel ouvrage
Ce Dieu qui nous donna le jour, Pour jouir du soleil sans craindre le naufrage,
Pour nous bercer dans notre amour!
Aimons-nous, ma Lesbie!... En ton cœur laisse croître
Cette foi sans dogmes malsains, Plus féconde, crois-moi, qu'une vertu de cloître,
Bonne au plus pour des capucins!
Les bois sont pleins d'oiseaux, les jardins pleins de roses!
Comme nous, ils mourront, hélas!
Mais ils chantent gaîment, mais elles sont écloses,
Sans que le ciel sonne leur glas!
Attache à tes cheveux cette fleur d'anémone;
La nature n'est pas en deuil.
Si quelque malheureux tend la main, fais l'aumône;
Qu'il passe en bénissant ton seuil!
Coule en paix, coule heureux, ruisseau de notre vie,
En reflétant l'azur des cieux !
Que le gazouillement de tes eaux fasse envie
Aux grands fleuves silencieux!
Sans redouter la mer qui bornera sa tâche,
Porte-lui ton flot voyageur !
Si l'on a bien vécu, faut-il mourir en lâche,
Pour satisfaire un Dieu vengeur?
184 ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.
Trop de bourreaux, hélas ! que pour grands on renomme,
Ont fait le monde ensanglanté, Sans que nous façonnions à l'image de l'homme
Le cœur de la divinité!
(La Gerbe)
LqA JEUNESSE ET UcAMOUT^
L'a m o u r à la jeunesse étonnée, interdite, Vient faire, en se jouant, sa première visite; L'étonnement fait place au sourire; l'Amour, De ses deux poings, pareils aux serres du vautour, Pareils au lierre entré dans l'écorce d'un arbre, De sa chair vierge encor semble pétrir le marbre. Elle, le sein gonflé de curiosité, Savourant un frisson d'intime volupté, Entre ses doigts légers emprisonnant les ailes De cet enfant mutin aux lèvres sensuelles Qui s'est, comme un oiseau, sur ses flancs abattu, De la bouche et des yeux demande: « Que veux-tu? »
LES VIEILLcAT{VS
'honore les vieillards, ces débris du passé; J'aime ces fronts blanchis où l'histoire a tracé Plus d'un grand fait en larges rides;