‹ Anthologie des poètes français du XIXème siècleChapitre 43 sur 131 · JULES BARBIER · texte numérisé non relu

JULES BARBIER

Et leur lente parole et ces yeux indulgents Dont les plus affaiblis suivent les jeunes gens Qui raillent leurs tempes arides.

Sous une treille, au coin d'un joyeux cabaret, J'ai vu quatre vieillards buvant d'un vin clairet

Que suit le propos moins sévère; Et chacun d'eux parlait de ses jeunes amours, Et chacun retrouvait, malgré le poids des jours,

La jeunesse au fond de son verre.

A quelques pas de là, de tout jeunes garçons Chantaient à plein gosier les cyniques chansons

Devant qui s'envole l'enfance; Et, voyant la bouteille entre ces doigts tremblants, Ils raillaient ces vieillards de qui les cheveux blancs

Semblaient sourire à leur offense!

Sommes-nous si tombés, si déchus et si bas Qu'il faille rencontrer à chacun de nos pas,

Dans le faubourg ou le village, Un enfant sans pudeur, un vieillard insulté; Et qu'attendre d'un peuple où n'est plus respecté

Ce rang sacré, celui de l'âge?

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