‹ Anthologie des poètes français du XIXème siècleChapitre 58 sur 131 · FRANCIS PI TT1É · texte numérisé non relu

FRANCIS PI TT1É

Sous l'effort musical du flot harmonieux, Une barque effilée et svelte se balance; Les plaintifs elkovans, blancs sur l'azur des deux, Dans l'Ether chaud et pur se bercent en silence.

Des légers tamaris trouant le parasol, Les obliques rayons du soleil qui décline Allument, dans le chaud ensablement du sol, Comme un reflet d'agathe ou de nacre opaline.

Tout est recueillement, oubli, sommeil et paix. Témoin muet et sourd des luttes de la vie, Seul, sous l'amas fleuri des lambrusques épais, Un portail mi-fermé m'attire et me convie.

Qui sait? et quels périls m'attendent au delà? Franchirai-je l'étroite et menaçante porte? Des écueils de Charybde aux récifs de Scylla Mon âme tour à tour flotte, débile ou forte.

J'hésite. Aux bords divins du rivage enchanté, Une chaîne de fleurs me rattache et me lie; L'appel de la bataille et de la liberté Emplit mon cœur fougueux de son âpre folie.

Mais l'appel belliqueux l'emporte, hélas! O toi,' Mon espoir, mon amour, mon flambeau, mon étoile, Sois le vivant soleil qui marche devant moi Et le phare immortel qui sauvera ma voile !

(A travers la Vie)

21 S ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.

éAizA VEVISE

Mon âme vient du peuple et n'en est pas plus vaine. Sur le tronc vermoulu d'un frêne ou d'un ormeau Je n'ai jamais greffé d'héraldique rameau; Et c'est un sang d'hier qui coule dans ma veine.

Ma mère, le front ceint d'acanthe et de verveine, A grandi, libre et chaste, au milieu d'un hameau; Mon aïeul, dédaigneux des fadeurs du trumeau, Suça le maigre sein de la pâle déveine.

Mais si l'Armoriai ne connaît pas mon nom, Si les plis ondoyants de mon obscur pennon Ne flottent point aux murs de Solyme conquise,

Pour l'éternel honneur du fils qui me naîtra, En ce vers sobre et franc j'exalte ma devise : Fais ce que dois toujours, advienne que pourra.

I&dFLUEC^C ES SECRETES

Dans le jardin soucieux, Nulle fleur n'étale aux yeux Son odorante corolle; Mais avril va revenir :

Faites les roses s'ouvrir, Tiède zéphyr, brise molle !

FRANCI S P ITT I Ë . 2K)

II fait froid; l'oiseau se tait; Où le rossignol chantait, L'âpre bise se lamente ; Mais dans les airs, par instants, Une haleine de printemps Se révèle, et l'oiseau chante.

Humbles de forme et de ton, Mes petits vers, ce dit-on, N'ont pas la grâce qui touche; Cependant, dès que tu lis, Ces vers, soudain embellis, Se parfument sur ta bouche.

Mon cœur muet et fermé Est comme l'arbre avant mai, Plein de notes incertaines Et de confuses chansons...

Aime-moi : notes et sons En jailliront par centaines.

(Le Roman de la vingtième année)

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