‹ Anthologie des poètes français du XIXème siècleChapitre 57 sur 131 · LE FLEUVE · texte numérisé non relu

LE FLEUVE

^i M. Jules Grèvy

Sous les puissants rayons du soleil matinal, Elégant et fleuri dans sa parure neuve, Ton toit, connu du pauvre et hanté par la veuve, A le lointain éclat d'un phare ou d'un fanal.

C'est là que, dominant le tumulte banal Dont la foule imbécile ou grossière s'abreuve, Majestueusement s'écoule, comme un fleuve, Le cours profond et pur de ton âge automnal.

FRANCIS PITTI t. 2 I f

Flagellés par les vents, labourés par l'orage, Les torrents, tes rivaux, déchaînent avec rage L'indocile troupeau de leurs flots furieux.

Fleuve, vivant miroir des Sages et des Justes, Tu baignes largement de tes ondes augustes Le rivage sacré du berceau des aïeux.

(A travers la Vie)

zA VICTOR HUGO

Quand ce siècle, lassé de prodiges sans nombre, Dans l'éternelle nuit, hélas! aura sombré; Quand la mort, trop rapide ou trop lente à mon gré, Aura couvert les fronts les plus grands de son ombre;

Seul, dominant encor l'universel décombre, Du filial amour des peuples entouré, Ton souvenir, toujours vivant, toujours sacré, De toute sa hauteur emplira le ciel sombre.

Ainsi, dans le désert sans bornes, où jadis

Thèbes rivalisait de gloire avec Memphis,

Où le temps s'est joué des airains et des marbres,

La géante Chéops se dresse sur le ciel,

Et le Simoun, terrible aux hommes comme aux arbres,

Passe, sans ébranler son granit immortel.

(A travers la Vie)

2l6 ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.

LES Lc4U\lE\S SOC^T COUTES

Je ne regrette rien des siècles révolus, Si ce n'est cette fleur d'exquise courtoisie Qui faisait de la France une terre choisie Et du peuple français une race d'élus.

Hélas! le temps des preux et des belles n'est plus! Où donc les Périclès? où donc les Aspasie? Nous avons renié le Glaive et l'Ambroisie, Et nous disons : Nana! comme on disait: Caylus.

O langue de Corneille! ô langue de Racine! Je ne sais quel jargon de bagne ou de cuisine Insulte tes héros, dans leur gloire drapés.

Le bourbier fume et pue où s'épandait le fleuve, Et la Muse sanglote, immortellement veuve : Nous n'irons plus au bois, les lauriers sont coupés.

(A travers la Vie)

LE DÉTcAT^T TOU\ LzA VIE

Le ciel est bleu 5 la mer baise amoureusement Le sable doux et fin de la grève odorante; Le zéphyr, en son rythme ailé, souple et charmant, Me parle d'Ischia, d'Ostie ou de Sorrente.

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