‹ Anthologie des poètes français du XIXème siècleChapitre 6 sur 131 · ALFRED BUS QU ET · texte numérisé non relu

ALFRED BUS QU ET

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Roncevaux! Roncevaux!... Lorsque le preux Roland Vit tous ses compagnons couchés dans leur vengeance, Il prie à ses côtés le cor, triste allégeance, Pour en tirer un son mélancolique et lent.

Par delà les grands monts, vaincu dans sa fiance, Charle entendit la voix de son neveu dolent: Il a saisi le cor fatal à cette engeance, A rendu son pour son au cri de l'appelant.

Ta voix sonne la charge aussi dans la bataille,

O poète, ô soldat, dont l'armure a la taille

Des chevaliers qu'on voit sculptés sur leurs tombeaux;

Mais il est mort, crois-moi, l'honneur qui s'abandonne : Tous les preux sont couchés aux champs de Roncevaux, Et le cor enchanté n'a réveillé personne.

Oui, l'honneur est vaincu ! Le Cid Campéador Repose côte à côte auprès de sa Chimène; Le courage a cédé, l'égoïsme nous mène, Et l'amour enchaîné se lamente et s'endort!

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Siècle dur aux grands cœurs ! Quand la peste inhumaine Dans Valence abattait ceux qui luttent encor, On dit qu'un Sarrasin, dont l'armure était d'or, Vint demander l'aman et la croix plus certaine.

Il chancelle, on l'accueille; il s'assoit au festin:

La coupe du pardon circulait à la ronde,

Et chacun y puisait au fond la peste immonde.

Lorsque le clair soleil apparut le matin,

Il recula d'horreur... O Sarrasin infâme!

Ton souffle empoisonné vit encor dans notre âme !

Rassure-toi, mon cœur! Le temps est arrivé, Nous touchons au triomphe, et Roland ressuscite! Ganelon éperdu fuit... Charle nous incite A rompre le destin où l'honneur est rivé.

Par delà l'Océan qui gronde comme un Scythe

Et qui voudrait garder son captif avivé,

Le roi fidèle, Arthur, par Merlin captivé,

Se lève et dit: « Marchons, marchons, l'honneur m'excite.

« Autour de Kiffhauser entendez-vous ces cris? Réveillez-vous, corbeaux effrayants et surpris! Voici les compagnons du vieux roi Barberousse.

« Donnez-moi mon épée, et sortez mon pennon;

J'ai bien assez longtemps dormi... L'honneur me pousse,

Et ce n'est pas en vain qu'on invoque mon nom! »

AUGUSTE VACOUERIE

UGUSTE Vac QJU e r i E a débuté comme poète en 184.0 , par l'Enfer de l'Esprit. // a débuté comme journaliste en 184.8. Le spectacle de la vie tumultueuse fit honte au rêveur, ou, plutôt, la vocation du véritable poète se confirma par la révolte du patriote. Il s'écria :

J'airai, mon grand Paris, un cœur digne du tien, Je sens dans le songeur éclore un citoyen.

Depuis 184.8, sous la réaction et sous ÏEmpire, à travers les persécutions, les procès, les amendes, la prison, F exil, cAuguste Uacquerie est resté le citoyen, le journaliste militant et le poète infatigable.

Ses volumes de prose, Profils et Grimaces, Miettes de l'Histoire, Aujourd'hui et Demain, sont dune verve critique et d'une saveur littéraire qui seraient des titres à îzAcadémie, s'il ri était aussi résolu à ne pas faire de visites pour devenir académicien quil est décidé à naffronter aucune réunion électorale pour devenir député.

Sa fonction de journaliste, sa gloire de poète et d'auteur dramatique lui suffisent. Tolémiste toujours au rempart, poète insoumis toujours en éveil, il ri a pas fait, depuis 184.0 , une concession à la vulgarité du style, et, depuis 1848, une concession aux ennemis de la liberté.

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Ce riest pas quil entremêle ses œuvres littéraires de thèses politiques; ce nest pas quil discute poétiquement ses adversaires prosaïques. Il ensemence deux sillons sans se tromper de grain. Je ne veux pour preuve de cet hommage rendu à son double talent que ses volumes de poésies, depuis l'Enfer de L'Esprit jusqu'à Mes Premières années de Paris, ses drames d'une si grande vaillance littéraire en même temps que d'une si parfaite observation, et que cette polémique quotidienne du Rappel, si logique, si nette, si parfaite de forme et de fond.

Indépendamment de ses six pièces, dont trois ont été des coups di éclat et trois des succès incontestés, Tragaldabas, Souvent homme varie, les Funérailles de l'Honneur, Jean Baudry, le Fils, Formosa, cAuguste Vacquerie a réussi, en collaboration avec Taul zMeurice, cette belle reconstitution antique (C Antigone et ces adaptations romantiques de Shakespeare, FalstafF, Paroles, qui ont donné la preuve de son érudition classique en même temps que de son initiation au génie du plus grand poète dramatique du monde et de tous les temps.

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