FÉLIX FRANK
« Jadis il existait des foyers toujours stables : Qui les avait quittés, y pouvait revenir; C'est de là que sortaient ces âmes indomptables Dont le passé puissant ombrageait l'avenir.
« Aujourd'hui la maison est une hôtellerie : On arrive, on se couche, on s'éveille, et l'on pari; Et d'aucuns aujourd'hui veulent que la Patrie Soit une auberge aussi, dédiée au hasard!
« Et pourtant le Progrès et la libre Justice N'exigent pas que l'homme erre jusqu'à la mort; Et pourtant il est bon que chacun se bâtisse Un nid, pour y garder tout ce qu'il tient du sort!
« Mais c'est la loi de l'or, — c'est le gain, — c'est la fièvre De ce siècle agité d'un étrange tourment, Qui partout nous poursuit, et nous chasse, et nous sèvre De ce bonheur si pur, si calme et si charmant!
« Donc rien n'est ferme et fort désormais, rien ne dure : Et comme un vil bagage, à l'aventure, on va Cahotant son passé dans la lourde voiture Qu'au premier coin de rue — hier au soir — on trouva.
« En route ! Voici l'heure et le logis est vide : Rêves, propos émus, passé vivant... adieu! — C'était un vieux logis où vint plus d'une ride; Mais l'âge, dans les cœurs, y retardait un peu.
u C'était un vieux logis dans une étroite rue, Tout petit et perché bien haut sur l'escalier; Mais un flot de soleil y réchauffait la vue En frappant, le matin, au carreau familier. »
ARISTIDE FREMINE
^j^T^ë R I S T I D E F R É M I N E , né à 'Bricquebec féMancheJ le 16 jan- V*/=-i\V vler I^37-> esl T&ceveur des Contributions indirectes. Tros^zSgtè^ fondement ému par les belles scènes de la nature, il se livra de bonne heure à des essais poétiques, et les réunit en un volume : Le long du chemin, qu il publia en 1863. Depuis, il a donné la Légende de Normandie (1886), qui témoigne dune réelle puissance d'imagination et d'une grande sincérité de sentiment. On lui doit, en outre, de nombreuses pièces de vers d'une expression fort originale qui ont paru dans diverses "Revues et formeront un troisième volume sous le titre de : Chants de l'Ouest.
Les poésies de zM. oAristide Frémine ont été éditées par Frédéric Henry et oA. Lemerre.
LE T{c4VI^(i
Au ciel, que le soleil veut percer mais en vain, Le plateau d'Aurigny présente ses champs jaunes, Cependant qu'arrêté dans le fond d'un ravin Je regarde un peu d'eau sourdre entre quelques aunes.