‹ Anthologie des poètes français du XIXème siècleChapitre 83 sur 131 · FELIX FRAN K · texte numérisé non relu

FELIX FRAN K

Tu m'as demandé si c'est le Printemps?

Le Printemps, c'est Toi! Prés verts, chambre close,

Il éclaire tout d'un reflet vermeil;

Il éclaire tout, même le sommeil

Où, vibrant encor, l'amour se repose!

Le Printemps, c'est Toi! C'est Toi, le soleil!

Toi, par les prés verts et la chambre close !

Nous irons cueillir, au bord des étangs,

La reine des prés dans les grandes herbes

Et l'iris humide aux couleurs superbes!

Mais nous cueillerons, quel que soit le temps,

Des bonheurs partout, des bonheurs par gerbes,

Sans nous demander si c'est le Printemps !

C'ÉTcAIT UC*C VIEUX LOGIS

C'était un vieux logis dans un étroite rue, Tout petit et perché bien haut sur l'escalier; Mais un flot de soleil y réchauffait la vue En frappant, le matin, au carreau familier.

C'était un vieux logis où circulait une âme, Où les meubles anciens, aux détails ingénus, Dans les angles amis jetaient comme une flamme Et riaient doucement sous les regards connus.

^00 ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.

C'était un vieux logis où la famille entière Avait groupé longtemps ses arides travaux, Ses efforts qu'animait une volonté fière, Et ces rêves du cœur, toujours chers et nouveaux !

Jours passés, jours sacrés jusqu'en vos amertumes, Dans ce pauvre logis vous étiez enfermés : Ah! qu'il est triste et doux, l'endroit où nous vécûmes Souffrant, aimant, heureux'de nous sentir aimés!

Entre les quatre murs d'une chambre modeste, Qui dira ce que l'homme entasse de trésors? Trésors faits de sa vie, et dont il ne lui reste Qu'un pâle souvenir et qu'un songe au dehors!...

Quand il fallut partir de la vieille demeure; Quand il fallut partir, — l'ayant bien décidé, — Là, tel qu'un faible enfant, j'ai perdu plus d'une heure A penser, à pleurer, seul, dans l'ombre accoudé.

— « C'était un vieux logis! » murmurait la Sagesse; « Un logis plein d'amour! » disait le cœur tremblant; « C'était un vieux logis plein d'intime richesse : Prendras-tu ta jeunesse aux murs, en t'en allant?

« C'est là qu'elle vibrait! Là qu'elle s'est levée, Radieuse et chantant les clairs matins d'Avril ! C'est là que d'espérance elle fut abreuvée, — Comme on vole au bonheur, s'élançant au péril!

« C'est là qu'elle versa ses premiers pleurs d'ivresse, Qu'elle eut ses premiers cris et ses premiers sanglots ! Tout ici lui gardait une chaude caresse; Qu'elle s'achève ailleurs, loin de ces vieux échos !

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