‹ Anthologie des poètes français du XIXème siècleChapitre 86 sur 131 · CHOSES TU\ES · texte numérisé non relu

CHOSES TU\ES

Autour des dunes d'or, des falaises croulantes, La mer plane abandonne aux vents harmonieux Les rangs égaux et longs de ses lames roulantes, Luth immense ébranlé par l'haleine des dieux. Dans les matins riants courent d'heureux murmures, A midi le val dort de tranquilles sommeils, Des nuages bronzés comme les grappes mûres Couchent les soirs mourants sur des linceuls vermeils.

Quel contraste! Là-bas les hommes au front chauve, Le bruit, les chars coureurs, le lucre aux désirs vains, Les femmes d'une nuit, les chaleurs de l'alcôve, Les fantômes drapés dans la pourpre des vins. Ici la paix, les champs, les épis qui frissonnent, Les toits chastes, le vent sans un souffle charnel, Les éléments sacrés qui flottent et rayonnent Au sein des pays blancs de l'espace éternel !

Et je marche, et je jette à ces choses splendides

De vers inachevés l'éphémère tribut,

Et je marche, et la bise au haut des caps arides

Bat mon front qui tressaille en des désirs sans but!

Chante, chanson des eaux; portez-moi sur vos cimes,

Caps nus; soleil des jours, inonde un insensé;

Et toi, mer, monde étrange aux verdoyants abîmes,

En tes flots sains et frais berce mon corps lassé !

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§^/Avy§RMAND SiLVESTRE, né à Taris , se fit recevoir à l'École ^/É^\0 'Polytechnique , mais bientôt, renonçant aux mathématiques ^ésS&é^> pures, il entra dans l ^Administration des Finances et publia ses premiers vers. George S and, les ayant lus en épreuves, conçut pour cette poésie si éclatante et si passionnée une telle admiration quelle voulut, bien quelle ne connût point l 'auteur, présenter elle-même l'œuvre au public. Depuis les Rimes neuves et vieilles, les Renaissances, La Gloire du Souvenir écrites de 1866 à 18/2 et réunies postérieurement sous le titre de Premières Poésies, oArmand Silvestre a donné quatre autres recueils : La Chanson des Heures (18 j8), Les Ailes d'or (1880), Le Pays des Roses (1882) et Le Chemin des Etoiles fi88y).

Ses poèmes, si étrangement sensuels et mystiques à la fois, sont une perpétuelle apothéose de la 'Beauté visible, un agenouillement enthousiaste et cependant douloureux devant la femme. « C'est, dit George Sand, l'hymne antique dans la bouche d'un moderne, c'est-à-dire l' enivrement de la matière che\ un spiritualiste quand même, qu'on pourrait appeler le Spiritualiste malgré lui; car, en étreignant cette beauté physique qu'il idolâtre, le poète crie et pleure. Il l'injurie presque et l'accuse de le tuer. Que lui reproche-t-il donc?... de n'avoir point d'âme. Ceci est très curieux et continue, sans la faire déchoir, la thèse cachée sous le prétendu scepticisme de 'Byron, de zMusset et des grands romantiques de notre siècle. 3)

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Ces lignes du grand écrivain de tNj)hant résument à merveille Tinspiraiion, le fond moral des poésies dcArmand Silvestre . Tar la forme il esr} parmi les contemporains, îun de ceux qui se rattachent le moins à î école de Victor Hugo et de ses successeurs. Il a un moindre souci de la précision pittoresque; ses images rappellent plutôt la magnificence un peu vague de celles de Lamartine. Ses rimes sont plus sonores que rares; elles semblent moins arrêter le vers quen prolonger au contraire la vibration, comme des points d'orgue. Enfin sa période poétique se déroule avec une ampleur calme, une solennité presque religieuse qui n appartient quà lui.

En prose, oirmand Silvestre a publié plusieurs volumes de contes dont la verve rabelaisienne a étonné quelques admirateurs du poète. o4 ceux-là il a répondu par un beau sonnet ayant pour titre : Ma Défense.

Les œuvres poétiques d'cArmand Silvestre ont été publiées par <MzM. qâ. Lemerre et G. Charpentier.

Auguste Dorchain*.

Fleuris dans mon esprit, ô fleur de volupté, Fleur du rêve païen, fleur vivante et charnelle, Corps féminin, qu'aux jours de l'Olympe enchanté Un cygne enveloppa des blancheurs de son aile.

L'amour des cieux a fait chaste ta nudité : Sous tes contours sacrés, la fange maternelle Revêt la dignité d'une chose éternelle Et, pour vivre à jamais, s'enferme en la Beauté.

C'est toi l'impérissable en ta splendeur altière, Moule auguste où l'empreinte ennoblit la matière, Où le marbre fait chair se façonne au baiser.

Car un dieu, t'arrachant à la chaîne fragile Des formes que la Mort ne cesse de briser, A pétri, dans tes flancs, la gloire de l'argile.

(Rimes neuves et vieilles)

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