ALBERT GLATIGNY
Ê dans un village, arrivé presque à f âge d'homme sans éducation et sans lettres, oAlbert Glatigny entrevit fart pour la première fois sous cette forme sensible qui seule peut s'imposer aux esprits ignorants. Il en eut la première révélation en voyant jouer des comédiens de campagne; il les suivit, joua avec eux à la diable des mélodrames et des vaudevilles, et, sans y songer, apprit ainsi ce mécanisme de la scène et cet art matériel du théâtre, qui si souvent manquent et abord aux poètes lyriques. Cependant, comme les hasards nécessaires arrivent toujours, les pérégrinations du comédien errant ramenèrent à cAlençon, où zïïfalassis, l éditeur artiste qui à ce moment-là n'habitait pas encore Taris, lui donna un recueil de vers quelconque d'un poète contemporain. Chose inouïe et vraiment prodigieuse! oiprès avoir dévoré, relu ce livre par lequel il avait eu la révélation du vrai langage qu'il était destiné à parler, Glatigny fut du coup, immédiatement et tout de suite, ï admirable rimeur, l'étonnant forgeur de rythmes, l'ouvrier excellent victorieux de toutes les difficultés, l'ingénieux et subtil artiste quon a admiré dans Les Vignes Folles, dans Les Flèches d'Or, dans Le Fer Rouge, dans Le Bois, dans Vers les Saules, dans L'Illustre Brisacier. Che\ lui pas de ces hésitations et de ces tâtonnements par lesquels ont passé à leurs débuts tant d'écrivains en prose ou en vers, qui plus tard sont devenus célèbres ; au contraire, il sut en un moment, comme d'instinct et par révélation, ce métier laborieux, compliqué et difficile de la poésie, si divers et si inépuisable, quon met toute sa vie à l'apprendre.
On eût dit, non pas qiiil s initiait à cet art à la fois si matériel et si divin, mais quil le rapprenait, ou plutôt quil s'en ressouvenait; et en même temps les cadres, les formes connues, ï histoire littéraire, toute la tradition de la poésie furent embrassés, devinés par lui avec une foudroyante rapidité. cAprès le poète dont le hasard lui avait mis ï œuvre entre les mains, il lut, posséda tous les autres; puis, la critique, ï érudition, (histoire, les langues anciennes, il apprit tout avec ( étonnante facilité £ un esprit que n encombre nulle science mal enseignée, et il est mort savant, mais, grâce au ciel, ignorant quil était savant, et n ayant rien perdu de la virginité d impression et de (imagination rapide qui font le poète.
Ce qui constitue l originalité curieuse et sans égale dcAlbert Glatigny, cest quil est non pas un poète de seconde main et en grande partie artificiel, comme ceux que produisent les civilisations très parfaites, mais, si ce mot peut rendre ma pensée, un poète primitif, pareil à ceux des âges anciens, et qui eût été poète quand même on (eût abandonné petit enfant, seul et nu dans une ile déserte.
Les œuvres de Glatigny se trouvent che\ oi. Lemerre.
Théodore de Banville.
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Elle esc belle vraiment la Normande robuste Avec son large col implanté grassement, Avec ses seins, orgueil et gloire de son buste Que fait mouvoir sans cesse un lourd balancement !
Elle est belle la fille aux épaules solides, Belle comme la Force aveugle et sans effroi ! Il faut pour l'adorer longtemps des cœurs valides A l'épreuve du chaud, de la pluie et du froid.