ACHILLE MILL1EN. ^2J
Et les chariots, grinçant sur la pierre, Roulent les foins secs en amas branlants.
De la fauchaison voilà donc le terme; Bientôt l'on mettra la faucille aux blés,
Et tous les faneurs, ce soir, à la ferme Pour le grand repas seront attablés.
■« Déjà le couchant rougit le nuage, Sortons vivement des sentiers ombreux... »
Mais un ancien veut que, suivant l'usage, Tous jusqu'au fenil escortent les bœufs :
« Réjouissons-nous de ce temps propice ! Et qu'un bon chanteur au faîte du foin,
« Pour nous faire honneur, lestement se hisse Et commence un air qui résonne au loin.
■« Toi, de rameaux verts recouvre la tête Des bœufs accouplés qui vont ruminant.
« Où sont les rubans gardés pour la fête? Qu'on me les apporte ioi, maintenant.
« Très bien. Les voici, prends-les, Madeleine, Mêle les couleurs, et pare à ton goût
■c Fins corsets, chapeaux et bonnets de laine, Les jeunes, les vieux, — oui, les vieux surtout!
328 ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.
(( Souffle, toi, Fanchy, dans ta cornemuse, Souffle à pleins poumons, au devant des bœufs;
« Ce soir c'est liesse, on rit, on s'amuse, Et, comme à la noce, on va deux à deux ! »
Les voilà partis, le chariot crie,
Ils chantent en chœur un vieil air d'amour;
Et dans le buisson qui clôt la prairie Les merles railleurs sifflent tour à tour !