‹ Anthologie des poètes français du XIXème siècleChapitre 92 sur 131 · ALBERT GLATIGNY. ^^J · texte numérisé non relu

ALBERT GLATIGNY. ^^J

Sa mère en est fière et se voit revivre Dans ce mannequin rebutant et sec, Dans ce long profil aux reflets de cuivre Fait pour maintenir l'Amour en échec.

Et ça doit pourtant se changer en femme ! J'ignore au moyen de quel talisman 5 Mais on chantera son épithalame, Un baby rosé lui dira : « Maman ! »

Qui donc remplira ce devoir austère ?

Ne cherchons pas loin. Dieu, dans sa bonté, A créé pour elle un jeune notaire, Homme sérieux, de blanc cravaté,

Et tous deux feront d'autres jeunes filles Aux regards sans flamme, aux coudes pointus, Pour qu'on voie encore au sein des familles Fleurir le rosier des maigres vertus.

(Les Flèches d'Or)

'^) u L L Y Prudhomme s est fait connaître comme poète en 1866 par les Stances et Poèmes. // a donné en outre : Les Epreuves, recueil de sonnets (1866), Les Solitudes et une traduction en vers du Premier Livre de Lucrèce (186 ç), Les Destins, poème (1872), Les vaines Tendresses (1875), La Justice fi8y8J, Le Prisme (1886). Il vint s'asseoir à îcAcadémie française en 188 1 .

f?{j à Taris en 18 }Ç, Sully Trudhomme fit a* excellentes études au Lycée 'Bonaparte. Il se préparait à ÏÈcole Toly technique, lorsque sa famille, croyant à un bel avenir pour lui dans t industrie, le fit admettre dans les usines du Creusot, mais bientôt après il revint à Taris prendre ses inscriptions de droit, et se fit clerc dans une étude de notaire.

Il n était pas plus fait pour vivre dans le silence des casiers quau bruit des marteaux, et sa vraie voie ne tarda pas à se révéler. éMadame cAckermann, plus apte que personne, par la nature de ses inspirations, à pénétrer celles de Sully Trudhomme, a bien apprécié, dans les lignes suivantes, le caractère de sa poésie :

ce 77 n avait certes pas trop de tout lui-même pour embrasser la poésie telle quil la comprenait, c est-à-dire cette poésie à laquelle rien d humain nest étranger, ni les tendresses de l amour, ni les curiosités de l intelligence. Cest grâce à elle quil fit vibrer les fibres les plus délicates du cœur et les cordes les plus hautes de l'esprit. Tous les sons rendus ont été

recueillis par le poète en des vers suaves ou superbes et de forme achevée. Ils possèdent surtout un charme qui leur est particulier, celui d'exprimer >ce que jusqu'ici on avait pu croire inexprimable . Quand on les lit, ces vers, on sent qiion a affaire à une âme en peine, nuis dont la tristesse -est douce. Elle soupire sa plainte, mais ne jette jamais de cris.

« Tarti timidement du Vase brisé, Sully Trudhomme s'éleva en passant par L'Idéal et L'Arc, jusqu'aux sublimités de La Grande Ourse et du Zénith. Sa poésie se perd, il est vrai , quelquefois dans des -subtilités et des indécisions. Elle trahit ainsi les scrupules et les tourments d'une conscience délicate à l'excès. Cest pourquoi il serait peut-être injuste de lui en faire un reproche... Ce ne sont pas de simples tableaux, paysages ou natures mortes, mais des analyses exquises de ce qui vit et s'agite au fond du cœur humain. Le poète n'a pas eu besoin de la couleur; il avait le sentiment et la pensée. »

Sully Trudhomme nest pas un simple dilettante s'isolant des douleurs •et des joies de la grande famille humaine; bien au contraire :

... Je suis le captif des mille êtres que j'aime :

Au moindre ébranlement qu'un souffle cause en eux,

Je sens un peu de moi s'arracher de moi-même.

Vans son premier recueil, des pièces charmantes rivalisent de grâce et de fraîcheur, Le Vase brisé, Les Chaînes, mais où le poète parle la belle tangue du cœur, domine parfois une pensée grave, apparaît la note du philosophe curieux d'analyser ses impressions les plus vives.

Vans les Mélanges, qui terminent le volume, nous trouvons des vers remarquables d'ampleur et de sonorité, Le Lever du Soleil, par exemple :

Parmi les globes noirs qu'il empourpre et conduit Aux blêmes profondeurs que l'air léger fait bleues, La terre lui soumet la courbe qu'elle suit, Et cherche sa caresse à d'innombrables lieues.

// faudrait tout citer dans le poème : L'Amérique, d'une incomparable grandeur.

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