ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE
Et la manière dont il comprend î art implique une foi robuste, bien faite pour nous consoler des rêveries sans but.
Le beau reste dans l'art ce qu'il est dans la vie : A défaut des vieillards, les jeunes le diront.
tNj)us nous trouvons en présence d'une rare élévation de pensées, et cependant le poète nous laisse de grandes inquiétudes de cœur et de raison, en troublant la surface des profonds abîmes qui restent encore à sonder.
En i8j2y Sully Trudhomme publiait son deuxième volume, Les Solitudes, Les Epreuves, Croquis Italiens. Ici, non seulement l'auteur garde son titre sacré de poète, mais il devient en outre un merveilleux virtuose. Le doigté est précis et puissant. L organiste parcourt en maître souverain toutes les notes de ï immense clavier.
Son poème: La Justice, nous apparaît comme ï effort d'un esprit supérieur, engagé dans le monde ingrat et froid de la métaphysique, où il perdrait souvent pied si d'un brusque mouvement d ailes il ne remontait parfois à la surface pour aspirer quelques bouffées d'air libre.
Le Zénith nous montre, en quelques pages, la limite de ce que Sully Trudhomme a cherché dans La Justice. Le poète a trouvé là des strophes d'un élan superbe.
Tour résumer en quelques mots notre pensée, la muse grave et philosophique de Sully Trudhomme nous fait ressouvenir de l'antique Tolymnie rêveuse, accoudée sur une haute roche dominant les mers d'Ionie, et qui, pour s'être attardée dans la contemplation des étoiles, ramène brusquement son péplum sur un sein frissonnant.
Les œuvres de Sully Trudhomme ont été publiées par oA. Lemerre.
Andrl Lemoïne.
SULLY PRUDHOM ME. 54 1
LE VqASE 'BT^ISÉ
Le vase où meurt cette verveine D'un coup d'éventail fut fêlé 5 Le coup dut effleurer à peine :
Aucun bruit ne l'a révélé.
Mais la légère meurtrissure, Mordant le cristal chaque jour, D'une marche invisible et sûre En a fait lentement le tour.
Son eau fraîche a fui goutte à goutte, Le suc des fleurs s'est épuisé 5 Personne encore ne s'en doute, N'y touchez pas, il est brisé.
Souvent aussi la main qu'on aime, Effleurant le cœur, le meurtrit; Puis le cœur se fend de lui-même, La fleur de son amour périt;
Toujours intact aux yeux du monde, Il sent croître et pleurer tout bas Sa blessure fine et profonde, Il est brisé, n'y touchez pas.
(Stcnces et Poèmes)
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