I.e ciel s'éteint au fond de tous les yeux vivants
L'homme, éternellement, marche dans tes ténèbres !
Et bien que j'aime à vivre en ces penser funèbres
Dont je lis, sur tes murs, les symboles de feu,
0 ville impénétrable aux volontés de Dieu !
Espace sans azur, nébuleuse sans astres.
Lieu de tous les destins et de tous les désastres î
Seul, ici-bas peut être à savoir qui tu es,
De tout mon cœur amer, ô Paris ! je te hais.
Jeté hais; quelque part ta dernière heure sonne.
Dans des temps qui viendront, je ne vois plus personne
Marcher dans les déserts peuplés de tes tombeaux ;
La Vie, à la lueur de ses derniers flambeaux,
Se cherchant sous tes murs, n'y verra (jue son ombre;
Tu seras pour les dieux un spectacle aussi sombre
Que si ton gouflre était le confluent des nuits ;
Les siècles sont prochains où s'éteindront tes bruits,
Tu t'anéantiras dans l'éternel silence,
Et, des palais dressés par ton orgueil immense.
Il ne restera rien, que des débris sans noms.
{Le Crépuscule du Monde)
LE RETOUR DES SIECLES (Fragment)
Les noires Birminghams et les Londres fumeuses; Les Liverpools, volcans, les Creusots, nébuleuses;
Cités aux cents faubourgs :
Les immenses New-Yorks, les San-Franciscos sombres, Les Chicagos, enfers où des nations sombrent,
Les Havres, les Hambourgs; Sur les Eleusis d'or, dans l'infini, s'entassent; Et confondant leurs murs, entre heurtant leurs races,
Font que Timmensité Est quelque chose comme une Babel énorme Qui mêlant des volcans à des villes, en forme
Une seule cité.
Titanique falaise, aveugle mur de mondes. Escarpement de fer dont les pentes profondes
Se perdent dans les nuits.
Montagne dont les pics, ville dont les pylônes Emergeant de l'amas confus des Babylones,
Portent les infinis !
Amas de soleils morts, masse cyclopéenne D'astres contre lesquels bondit la foule humaine
Et que pour traverser, Son flux vivant divise en millions d'avenues : Jusqu'au fond de l'espace où se mouvaient les nues,
La voici se dresser !
Tout résonne au fracas de marteaux et d'enclumes ; Rouge de la vapeur des hauts fourneaux qui fument
Par l'air incandescent, Mystérieux décor de quelle apocalypse, Elle monte à travers le gouflre qu elle éclipse,
Dans un halo de sang.
Débordant ses remparts de planètes, plus grandes Que des mondes, partout ses murailles s étendent;
Et ses vastes piliers, Ses bastions, ses tours, ses nefs aux mille voûtes, Ses dômes où l'orage entrecroise ses routes,
Semblent les escaliers Faits de tous les soleils et de toutes les terres, Par où du fond des temps les ténèbres montèrent
Dans l'espace où je suis; Et ses flèches de fer qui remplacent la nue, Sont comme des milliers de créneaux où se rue,
L'immense assaut des nuits.
Sous le brouillard épais que des éclairs sillonnent. Des fleuves de métaux en fusion bouillonnent;
Les murs crachent du feu ; Et découvrant ses pics, ses falaises, ses gorges. Ses noirs chemins bordés d'entrepôts et de forges,
La Ville peu à peu.
Dans toute son horreur splendide se révèle. Ah! sur tous les vivants, quelle aurore nouvelle
De siècles! quels chaos De inondes entassés sur des mondes se dressent; Et des voix de quels maux et de quelles détresses,
S'empliront les échos !
Des rafales de fer tourbillonnent, des foules D'hommes au pied des murs, tumultueuses, roulent
Sous des voûtes d'acier; Et de nouveaux remous, sans relâche, grandies, Sur les horizons que ceignent des incendies,
Vont se multiplier.
Et chacun de leurs flots, gronde, soupire, crie; Le feu pleure à travers la brume, l'industrie
Mélange en un seul bruit, Les respirations de toutes ses machines ; Des entrepôts, des docks, des gares, des usines,
Halètent dans la nuit.
Et des palais de fonte aux toitures fumantes ;
Des hauts-fourneaux, volcans et cuves où fermentent
Les laves des soleils ; Et des tours sur des tours, en énormes spirales De pierres, par dessus toutes les cathédrales.
Dressant leurs murs vermeils, Elargissant partout les frontières de Tombre, Multiplient dans lanuil leur entassement sombre.
— Et c'est ici le lieu, Où désormais sans but et sans fin se répondent, La tragédie humaine et le drame des mondes. Dans l'espace sans Dieu ! —
{Le Crépuscule du Monde)