VITESSE
Esclave vivant et docile
De mon désir, l'automobile
Anime sous mes doigts son moteur vrombissant;
Et bondissant
Au ras des routes léthargiques,
Insecte monstrueux et double, nous volons
Butiner le pollen des matins héroïques,
Vers le soleil qui tend sa fleur à l'horizon.
Annexe dynamique de ma chair ;
A mes talons de dieu podagre,
Greffe des merveilleuses talonnières :
Homunculus-Pégas e
Que l'ordre d'un cerveau-cabire
Fit surgir,
Démiurge, de sa formule triomphale,
A la vie explosive et rauque du métal.
Electriques, mes nerfs Eperonnent d'éclairs Le cœur tonnant Hypnotisé sur mon vouloir :
Et la brutale vie du feu élémentaire Accélérant mon cœur en synchronisme ardent, J'écoute vivre, ô force esclave que j'anime, A mon esprit souverain accouplée, Ton âme fruste et monomane de machine .
Plus vite! esprit jumeau, âme farouche née Au formidable vol du moteur vrombissant ; O Centaure nouveau, que notre double effort S'affole, à l'assaut furinond De l'inexpugnable horizon !
Plus vite! Météore,
Dans le remous vertigineux des paysages
En pleine déroute,
S'effare la vie ankylosée des villages
Où rampent des humanités larvaires.
Vieux bétail prisonnier
Aux lizes de l'espace et du temps routiniers.
Kt cependant,
Hors des formules surannées
De la durée.
Moi, dieu de notre tourbillon
Qui mord dans le sillage ardent du temps en fuite,
Toujours plus vite
Eperonnant le cabire d'acier,
Mon rut d'ivresse foudroyante ahane,
Par au-delà des routes et des ornières,
En plein azur altier,
Vers le panoramique et libre essor aéroplane,
[Notations)
NOTE DE GALABRE
Insolite passant du bel après-midi,
Tu t'es levé de sous la treille pour me voir,
O vieux Raflaele Tampasco, et m'as dit :
— Camarade, la ville est proche. Viens t'asseoir.
Là, sous la treille rouge où le golfe irradie, Tu m'as offert les poissons frits et le vin noir, Et nous sommes restés à parler jusqu'au soir De mes plaisirs errants et de ta calme vie.
J'aime tes oliviers antiques, et la mer, Sage, noyant d azur tes rêves sédentaires...
— Mais tu as secoué la tête à mes éloges,
Et m'as suivi, avec un long adieu d'envie, Descendre, chemineau allègre, vers la ville Où ma nouvelle joie chantait à pleines cloches.
(Poèmes choisis).