‹ Anthologie des poètes nouveaux. Avec une préface de Gustave LansonChapitre 120 sur 124 · DIALOGUE MYSTIQUE ENTRE MONOS ET UNA · texte numérisé non relu

DIALOGUE MYSTIQUE ENTRE MONOS ET UNA

» Seul j'étais seul malgré qu'à mes deux bras « Pesait — à peine — Un rire de tendresse. »

F. VIÉLE GRIFFIN.

Mono s parle.

La nuit calme a jeté nos âmes face à face Mêlées aux fils d'argent des horizons, parmi Le silence sacré des chênes recueillis, Et nos corps transparents ont prolongé l'espace.

Au seuil de la forêt que foulent nos genoux,

La lune fait brouter ses agneaux de lumière ;

Un linge bleu est descendu sur la clairière.

Un linge bleu comme un accord mystique et doux.

Voici nos mains, nos yeux, notre être qui se pAnie, Notre forme de vie, une image de chair;

Voici deux ombres côte à côle en ce désert :

Ma sœur, n'entends-tu pas tout bas vibrer nos âmes ?

Tous deux sublimisés et tous deux irréels, A travers les senteurs de la forêt obscure, O sœur, nous tenterons cette folle aventure De plonger et de couler à pic dans le ciel .

Faire comme un concert de toutes nos pensées, Pour vivre fixement un chant d'éternité, Devenir cette nuit ce qu'on aurait été Jadis : deux séraphins aux ailes déployées.

Ne plus souffrir du mal d'être dans quelque lieu; Enclore autour de soi rinfini pour limite ; Exalter à jamais notre entente tacite, Jusqu'à nous réfléchir dans la lueur de Dieu.

Enfîu réaliser l'acte auguste de croire

Que le fugace instant de cet amour élu

S'est fixé hors du Temps. L'un dans lautre perdus,

Éperdument brisons le tain de nos mémoires.

Una parle.

Mon frère bien aimé, ma fleur selon l'Esprit, J'aspire ta prière obscure, étrange el douce ; Ce nocturne parfum me soulève et me pousse Au dessus de la terre où nos jours sont inscrits.

Que mes désirs soient ces deux mains et t'appartiennent: Que ce regard qui n'a jamais miré que toi Se cramponne et scintille au nimbe de ta foi ; Que mon être en sourdine achève ton antienne.

Pour tant de faux soleils qu'on n'aura pas vécus, Pour Umt d'âpres matins qui pèsent comme un blâme,

Je toflre toutes les étoiles de mon âme, Et la pâle clarté de mon cœur éperdu .

J'étais le verger simple aux branches succulentes Dont les fruits orgueilleux mûrissent loin des dents, Toi seul a pu saisir mes rameaux éminents Et me courber jusqu'à ta fièvre dévorante.

J'étais la vierge froide au sourire contraint,

Dévidant le fuseau d'une laine stérile,

Mais j'ai bu la sueur de ta face virile,

Et c'est mon âme à travers ton corps que j'étreins.

Entraine-moi vers les espaces planétaires. Nue et dans la splendeur de cette volonté, Je veux créer, je veux peupler l'immensité, D'un hurlement d'amour qui soit une colère

Tel le long des sapins criblés de glaives bleus, Chantant mon âme unique et rythmant ma pensée. Mon rêve projetait deux ombres enlacées, En fuite dans l'azur fluide et lumineux.

(Le Clair Matin sourit.) CRÉER SA JOIE

Tous les chemins voiil vers la ville.

(E. Vkrh.^ren).

Tous les chemins vont vers la joie.

D'avoir longtemps erré dans la forêt des pleurs, Parmi l'ombre et le doute, Mes pas enfin ont accueilli la route, La belle route droite sous les chônes.

Avec les sons rythmés des alertes marcheurs Qui sourient à la vie et dans leur âme hautaine.

Les fantômes dressés dans la nuit des sentiers

Sans issue et sans fuite, Lorsque le cœur se trouble et que l'esprit hésite, Ont frisonne sous l'haleine d'un vent altier.

« Sèche tespleurs ou bois tes larmes, « Sors des taillis peureux où ton rêve se plait; « Nulle voix ne chante ici, tout espoir se tait, « Chaque heure te dépouille et te désarme.

« O Lazare, assoupi dans tes langes de lin, « N'entends-tu pas l'appel des jeunes énergies! « Le cor sonne parmi la fraîcheur du matin;

« Suis la meute et sa belle folie, a Lève-toi, cesse de regarder en arrière « Le passé déjà mort qu'ont piétiné tes pas : « Là-bas, au loin, c'est toutes les lumières. « Lazare, Lazare, aie foi, « Lève-toi et marche . »

Alors je suis allé tout droit.

Sans hésiter, sans détourner la tôle A gauche, à droite, vers les fourrés épais, Craignant la ruse des labyrintes, Qui mêlent leurs détours et vous arrêtent Au seuil de votre élan, i't les chemins entrecroisés et nonchalants. J'ai poursuivi ma course volontaire.

Chaque route où l'on persévère.

Chaque route que Ton parcourt Dans la ferveur de son amour Et dans la force qui parachève,

Chaque route continuée jusqu'à son rêve, Chaque route traquée comme on chasse une proie, Mène vers le soleil et conduit à la joie.

A travers l'ombre bleue des sapins, Déjà des rayons d'or criblent la mousse ;

Voici l'aube qui point, Comme un jet parfumé déjeunes pousses.

Bientôt j'aurai gagné la lisière des bois;

Bientôt j'aurai franchi le cercle sombre, Où ma tristesse s'est complue. ..

Voici le jour enfin, et la plage; je vois Le ciel, je voir la mer retentissante.

Exalte-toi, mon cœur, et chante La joie de vivre en l'allégresse.

Parmi les fleurs offertes à tous les horizons, Parmi la douce paix des jours et les caresses Que te glisse la source en ses pures chansons. Accepte le bonheur des choses familières ;

Goûte la volupté De tout ce qui palpite dans la lumière, Au cœur du bel été.

Que chaque objet déchaîne une musique , Au bord de tes fontaines vives ; Et que dans le miroir de ton ôtre, où s'avive

L'image des saisons, On lise moins l'aspect extérieur du monde Que son âme émouvante et ses tendres frissons .

{Le Clair Matin soiunt).

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