‹ Anthologie des poètes nouveaux. Avec une préface de Gustave LansonChapitre 121 sur 124 · LA RONDE DE MES ILLUSIONS · texte numérisé non relu

LA RONDE DE MES ILLUSIONS

A toutes celles qui viendront Fleurir les larmes que je pleure.

A toutes celles qui voudront Enguirlander de leur sourire ma demeure,

Je leur dirai :

Ne vous attardez pas au crépuscule,

Rouges d'avoir chassé tout le jour vos cerceaux,

A petits coups de logiques férules.

Selon l'intïexion de mes espoirs nouveaux ;

Voici que la chouette hulule ;

Ne vous attardez pas, fillettes déjà filles,

A clore ma pensée en vos cerceaux.

Dénouez le ruban de vos rondes tressées Au bord de mon désir évanoui ; J'entends le soir qui rôde, Là-bas,

J'entends le soir et c'est presque la nuit. Qui tombe sur les bras des arbres défeuillés ; Ou'en un dernier refrain repris de voix friponne Vos Jupes de cretonne, Parmi la danse folle.

Claquent et s'envolent, ;>Au vent désenchanté de mon automne.

Je vous ai trop connues selon mes heures,

Et mon rêve vous fit plus belles que vous n'ôtes ;

Déjà vous existiez en mes pensées,

Avant de naître .

Le jour, la nuit,

Au bord du lac, au fond des bois,

Dans le mirage intérieur

De mes errances solitaires,

Toutes je vous ai prises ontn; mes bras,

L'une après Tune, vous, les filles de la terre.

Et vous ai plus aimées.

Et mieux que la plus chaude des aimées .

Or je sais vos mensonges,

Et je ne répondrai plus à vos rires d'enfants.

Vos minois enjoués, vos gestes sémillants

Ont déserté mes songes.

Vos fins ongles taillés en amandes menues,

A jamais ont griffé mon âme trop crédule,

Et marqué d'incisives virgules,

Mon souvenir tout nu.

La Vie guette aux créneaux de ma joie endormie, O bataillon de mes plus chères ennemies !

Pourtant vous étiez désirables en vos danses,

El vos quinze ans fifraient des musiques bien frêles,

Alors que je guettais sans méfiance

Les entrelacs grivois des jambes grêles,

S'énervant au contact de vos couples jumeaux,

Sur la pelouse ronde où pleure mon jet d'eau ;

Et virait ma pensée encore volage,

Virait et s'engouffrait, aspirée au passage,

Dans l'âme échevelée de votre tourbillon.

Parfois vos cris perçants m' accoudaient au balcon;

Le vent capricieux de votre humeur gamine

Effeuillait les cadences.

Et refermait vos jeux en deux bandes rivales,

Prestes à renvoyer le volant et la balle

A l'autre camp rangé en ligne résolue.

Les raquettes pesaient aux poignets nus,

Giflaient l'azur; fouettaient l'espace,

Avec des tournoiements de frondes menaçantes.

Et les volants saisis dans leur courbe élégante,

Tremblant d'abord dun gai frisson sonore.

Partaient enfin pour repartir encore.

Soudain,

En un éclair de malice cruelle,

Une sournoise main

Captait dans Tair le bond de la paum e rebelle ;

Le bras se repliait sur le butin ailé,

Trompant ainsi mille autre bras levés

Dans une attente vaine,

Puis, décrivant l'essor d'une spire incertaine,

Leste, se dépliait vers ma curiosité.

Ma poitrine sonnait sous le choc meurtrier

Et, surpris dans l'instant où mon cœur se retire,

Je m'enfuyais trop tard, brutalement blessé,

Et c'était un grand éclat de rire.

A toutes celles qui voudront

Semer des roses sur ma couche,

A toutes celles qui viendront

Quêter pour leurs seins nus l'offrande de ma bouche.

Je leur dirai :

Qu'on éloigne d'ici ces corbeilles fleuries

De fraîches coquelourdes et de pâles iris ;

Agrafez le manteau des chastes liturgies.

Sur l'impudeur nacrée de vos membres novices;

Passez et repassez au bout de la prairie,

Vers la grille du parc fermée sur mon ennui,

Passez et repassez,

Et puis fuyez,

O tentatrices !

Sur le dernier versant des ténèbres complices.

Vous n'êtes que la joie éparse sur les choses,

Un peu de moi parmi l'azur,

Un Douquet odorant dans un coin de mon être,

Déjh hanté par le Futur

Et qui s'efforce à naître

A l'éternel baiser des matins triomphants.

Vos visages rusés ont des regards méchants Moi j'ai tout l'avenir enclos sous ma paupière Et quand j'ouvre les yeux j'entrevois des lumières Claironnantes et chaudes qui barrent l'horizon.

O Sinaï, O livre d'or où nous lisons Rejetée sur la mer des cimes constellées La proche éclosion des grandes destinées ! O peuples à genoux dans le cirque de flammes, Préparez votre gloire et le règne des âmes ! Et vous qui babillez sous le bosquet de buis, Vous n'êtes que mes sœurs, arrière, je vous dis. Compagnes fugitives et voilées faites place Au Surhomme immortel, synthèse de sa race, Qui descendra ce soir des ombres du couchant, Parmi l'éclair des glaives nus, parmi les chants, A travers les sentiers odorants d'allégresse. Qu'il hurle sa beauté tragique et qu'il paraisse Vêtu du bouclier des actes radieux.

Voici l'heure, voici monter du fond descieux, Dans une ascension de sublimes génies, Le cycle des héros en marche vers la Vie.

[Le Clair Matin sourit)

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